Réalisation : Gus Van Sant
Avec Sean Penn, Josh Brolin, Emile Hirsch...
Américain
Note : @@@@
Script : Dustin Lance Black
Compositeur : Danny Elfman
Le film retrace les huit dernières années de la vie d'Harvey Milk. Dans les années 70, il fut le premier homme politique américain ouvertement gay à être élu à des fonctions officielles, à San Francisco en Californie. Son combat pour la tolérance et l'intégration des communautés homosexuelles lui coûta la vie. Son action a changé les mentalités, et son engagement a changé l'histoire.
En mêlant le titre de son film au générique, de la même manière que tout autre membre de son casting, Gus Van Sant affichait un parti-pris narratif clair. Comme le confirmera l'annonce de sa mort en tout début de métrage, HARVEY MILK exposait clairement ses ambitions dans cette volonté de ne pas se conformer au tout-venant du biopic, pour qui la biographie du personnage est souvent présentée dans une large période temporelle. A l'instar du récent COLUCHE, L'HISTOIRE D'UN MEC, d'Antoine De Caunes, ou plus évident, du dyptique de Steven Soderbergh consacré au CHE, la personnalité mise en avant n'est qu'une partie d'un tout, un élément acteur dont le récit sert avant tout à dépeindre une époque ou un contexte précis. Ici, ce pour quoi l'on connaît avant tout Harvey Milk, à savoir la vie politique qu'il mena tant bien que mal dans l'objectif de défendre les « nous-autres », que la communauté homosexuelle caractérisait malgré elle.
Sujet qui aurait tout à fait pu tomber entre les mains de quelques opportunistes, et devenir l'étendard arriviste d'un sujet dont il est aujourd'hui bon de parler pour tout démago qui se respecte. Fort heureusement, Gus Van Sant assume clairement son sujet et n'hésite pas à mettre en scène de langoureux baisers ou de scènes de nu entre James Franco et Sean Penn, le tout ponctué de dialogues bien sentis sur leur communauté, histoire de créer une analogie inconsciente chez les culs-pincés, quant aux combats honteux menés par des bien-pensants qui rejetaient constamment ce qu'ils ne comprenaient pas. Attitude qui n'a ceci dit pas bien évolué depuis le cœur des années 70, époque de discrimination où HARVEY MILK prend place et dont il retranscrit les états d'âme au gré de l'ascension sociale et politique de cet homme devenu superviseur.
Orchestré selon une structure narrative fondée sur l'enregistrement testamentaire de Milk, qui se remémore le combat qui l'a mené à se sentir menacé de mort, HARVEY MILK témoigne du retour de son réalisateur à un cinéma ouvertement moins contemplatif. Une dynamique de récit qu'exigeait le scénario de Dustin Lance Black, dont la densité, dépendante du contexte qu'il décrivait, ne permettait a priori pas une quelconque expérimentation à l'aune du sujet lui-même. Le cinéaste américain ne se prive cependant pas pour dissimuler des thématiques ou donner du sens à l'image, au travers d'un découpage qui cloisonne son personnage principal dans l'embrasure d'une porte lors de l'enregistrement, faisant état d'un état mental spécifique. Un plan qui trouvera son écho un peu plus tard, lors de cette conversation avec un adolescent que l'on découvrira handicapé à la faveur d'un raccord dans l'axe, et dont le cadre se trouvera identique à celui cité plus haut. Et ces échos de se répéter tout le long d'un métrage qui n'aura de cesse de traduire visuellement thématiques et pensées des personnages via une mise en scène pensée intégralement en fonction du récit.
Extrêmement documenté (4 ans de réécriture furent nécessaires), celui-ci rend ses personnages complexes et sait leur donner une véritable identité psychologique, mais pêche peut-être un peu trop dans leur finition. Difficile ainsi d'établir clairement les conditions de la déchéance du personnage de Dan White, futur meurtrier de Milk dont les échecs ne sont que succinctement énumérés. A trop vouloir bien faire, HARVEY MILK pêcherait aussi presque de par son aspect manichéen si son authenticité historique était encore à démontrer. Van Sant et son scénariste ne lésinent en effet jamais sur les stock shots en tous genres (les lobbys, Anita Bryant, les arrestations de gays) pour étayer leur volonté flagrante de faire parvenir au monde un message de respect quant aux différences. Un objectif atteint heureusement de main de maître, grâce à un traitement qui privilégie la puissance de la pression sociale (volonté de rester dans le placard...) sur toute morale mignonette sur le droit à la différence. L'idéal pour permettre au spectateur de s'attacher aux personnages et faire naître l'émotion à chaque instant. Peut-être même trop facile quand un casting aussi mémorable se permet la perfection, dont un Sean Penn absolument sensationnel que l'on ne peut évidemment pas oublier de féliciter.




