Harvey Milk

Harvey Milk
Sortie : 04 Mars 2009
Réalisation : Gus Van Sant
Avec Sean Penn, Josh Brolin, Emile Hirsch...
Américain
Note : @@@@
Script : Dustin Lance Black
Compositeur : Danny Elfman

Le film retrace les huit dernières années de la vie d'Harvey Milk. Dans les années 70, il fut le premier homme politique américain ouvertement gay à être élu à des fonctions officielles, à San Francisco en Californie. Son combat pour la tolérance et l'intégration des communautés homosexuelles lui coûta la vie. Son action a changé les mentalités, et son engagement a changé l'histoire.


En mêlant le titre de son film au générique, de la même manière que tout autre membre de son casting, Gus Van Sant affichait un parti-pris narratif clair. Comme le confirmera l'annonce de sa mort en tout début de métrage, HARVEY MILK exposait clairement ses ambitions dans cette volonté de ne pas se conformer au tout-venant du biopic, pour qui la biographie du personnage est souvent présentée dans une large période temporelle. A l'instar du récent COLUCHE, L'HISTOIRE D'UN MEC, d'Antoine De Caunes, ou plus évident, du dyptique de Steven Soderbergh consacré au CHE, la personnalité mise en avant n'est qu'une partie d'un tout, un élément acteur dont le récit sert avant tout à dépeindre une époque ou un contexte précis. Ici, ce pour quoi l'on connaît avant tout Harvey Milk, à savoir la vie politique qu'il mena tant bien que mal dans l'objectif de défendre les « nous-autres », que la communauté homosexuelle caractérisait malgré elle.

Sujet qui aurait tout à fait pu tomber entre les mains de quelques opportunistes, et devenir l'étendard arriviste d'un sujet dont il est aujourd'hui bon de parler pour tout démago qui se respecte. Fort heureusement, Gus Van Sant assume clairement son sujet et n'hésite pas à mettre en scène de langoureux baisers ou de scènes de nu entre James Franco et Sean Penn, le tout ponctué de dialogues bien sentis sur leur communauté, histoire de créer une analogie inconsciente chez les culs-pincés, quant aux combats honteux menés par des bien-pensants qui rejetaient constamment ce qu'ils ne comprenaient pas. Attitude qui n'a ceci dit pas bien évolué depuis le cœur des années 70, époque de discrimination où HARVEY MILK prend place et dont il retranscrit les états d'âme au gré de l'ascension sociale et politique de cet homme devenu superviseur.
Orchestré selon une structure narrative fondée sur l'enregistrement testamentaire de Milk, qui se remémore le combat qui l'a mené à se sentir menacé de mort, HARVEY MILK témoigne du retour de son réalisateur à un cinéma ouvertement moins contemplatif. Une dynamique de récit qu'exigeait le scénario de Dustin Lance Black, dont la densité, dépendante du contexte qu'il décrivait, ne permettait a priori pas une quelconque expérimentation à l'aune du sujet lui-même. Le cinéaste américain ne se prive cependant pas pour dissimuler des thématiques ou donner du sens à l'image, au travers d'un découpage qui cloisonne son personnage principal dans l'embrasure d'une porte lors de l'enregistrement, faisant état d'un état mental spécifique. Un plan qui trouvera son écho un peu plus tard, lors de cette conversation avec un adolescent que l'on découvrira handicapé à la faveur d'un raccord dans l'axe, et dont le cadre se trouvera identique à celui cité plus haut. Et ces échos de se répéter tout le long d'un métrage qui n'aura de cesse de traduire visuellement thématiques et pensées des personnages via une mise en scène pensée intégralement en fonction du récit.

Extrêmement documenté (4 ans de réécriture furent nécessaires), celui-ci rend ses personnages complexes et sait leur donner une véritable identité psychologique, mais pêche peut-être un peu trop dans leur finition. Difficile ainsi d'établir clairement les conditions de la déchéance du personnage de Dan White, futur meurtrier de Milk dont les échecs ne sont que succinctement énumérés. A trop vouloir bien faire, HARVEY MILK pêcherait aussi presque de par son aspect manichéen si son authenticité historique était encore à démontrer. Van Sant et son scénariste ne lésinent en effet jamais sur les stock shots en tous genres (les lobbys, Anita Bryant, les arrestations de gays) pour étayer leur volonté flagrante de faire parvenir au monde un message de respect quant aux différences. Un objectif atteint heureusement de main de maître, grâce à un traitement qui privilégie la puissance de la pression sociale (volonté de rester dans le placard...) sur toute morale mignonette sur le droit à la différence. L'idéal pour permettre au spectateur de s'attacher aux personnages et faire naître l'émotion à chaque instant. Peut-être même trop facile quand un casting aussi mémorable se permet la perfection, dont un Sean Penn absolument sensationnel que l'on ne peut évidemment pas oublier de féliciter.

# Posté le samedi 07 mars 2009 06:38

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:38

Brisby Et Le Secret De NIMH

Brisby Et Le Secret De NIMH
Sortie : 02 Juillet 1982
Réalisation : Don Bluth
Avec Elizabeth Hartman, John Carradine, Hermione Baddeley...
Américain
Note : @@@@
Script : Don Bluth, Robert C. O'Brien, Will Finn, Gary Goldman et John Pomeroy
Compositeur : Jerry Goldsmith

Madame Brisby est une souris des champs, veuve de Jonathan Brisby, et mère de quatre souriceaux : Teresa, Martin, Cynthia et Timothy. Elle habite au bord du champ des fermiers Fitzgibbons. Inquiète pour la santé de son fils Timothy, elle va voir monsieur Ages, une souris tout comme elle, afin de prendre conseil. M. Ages, assez savant, diagnostique une pneumonie, et interdit à Mme Brisby de faire sortir son fils par le froid actuel. Celle-ci acquiesce et part en emportant le médicament. En chemin, elle rencontre Jérémy, un corbeau. Ils sympathisent, mais sont interrompus par Dragon, le chat de la ferme, qui cherche à tuer tout ce qui se trouve sur son passage...


A force de galvaudage intensif d'un cinéma d'animation que peu de ses instigateurs considèrent comme pouvant être populaire, on se retrouve à s'étonner que celui-ci ne soit perçu par les adultes que comme étant exclusivement destiné à un jeune public. Combien d'IGOR doit-on visionner pour obtenir un MILLENIUM ACTRESS ? Combien de KUNG FU PANDA pour un CHATEAU DANS LE CIEL ? Le ratio s'affaiblit plus que chez n'importe quel autre genre cinématographique, et il devient pénible de se voir dire qu'on a perdu notre âme d'enfant quand morales resucées jusqu'à l'embonpoint et souris qui dansent restent seuls potentiels vecteurs de plaisir. Aux antipodes de cette époque loin d'être révolue (bien que VOLT, STAR MALGRE LUI signe le retour au premier plan de Walt Disney Pictures), sortait il y a de cela 27 ans BRISBY ET LE SECRET DE NIMH, premier long-métrage d'un Don Bluth qui voyait là matière à impliquer l'ensemble de ses spectateurs.

Librement inspiré de la trilogie littéraire Les Rats De NIMH, BRISBY ET LE SECRET DE NIMH narre les aventures de Mme Brisby, veuve de son état qui va devoir faire face au danger humain guettant sa demeure. Point de départ classique, qui verra bien sûr l'héroïne découvrir de nouveaux environnements et affronter d'autres dangers, mais dont le traitement pessimiste annonce d'emblée la couleur. Cette souris des champs inspire en effet l'attachement très rapidement, quand sa vie décadente sera mise à jour. Vêtement troués, enfant atteint d'une pneumonie et visage marqué par la souffrance, le tout appuyé par une ambiance poisseuse et désespérée qui provoque une réaction instinctive du spectateur envers un être faible, féminin de surcroît. Baigné de tout son long par une atmosphère seulement mise à mal par la présence brève du perroquet narcissique (seul personnage apte à faire rire les plus jeunes), BRISBY ET LE SECRET DE NIMH étonne en outre dans ses contrastes narratifs. La beauté ahurissante de certains décors baignée par des jeux de lumière somptueux, cherche la dichotomie avec certains personnages iconiques qu'elle met en scène. Le chat présenté en début de métrage appuiera d'ailleurs cette volonté lorsque chacune de ses apparitions se fera dans l'unique but de tuer son entourage animal, quand le hibou fera office de figure divine de par l'espace occupé dans le champ. Un découpage qui persistera dans cette même optique, celle de privilégier l'ambiance au grand spectacle (c'est tout juste si un plan large permet de visualiser le lieu de l'action dans sa globalité : le grand village des rats situé au beau milieu d'un jardin), qui lui consiste plus en l'élaboration d'un mystère concernant le mari décédé de l'héroïne. L'ombre de celui-ci pèse toujours en background, faisant naître un aspect légendaire quand des paroles énigmatiques, œuvre d'un être inconnu toute une moitié du film, créeront une sorte de mythologie. Bref, on baigne en pleine énigme que le seul point de vue de Brisby permettra généralement d'approfondir, et on applaudit les mécanismes narratifs permettant d'accrocher notre attention. A peine regrettera-t-on que le méchant de l'œuvre se voit relégué à un second plan faisant office de faire-valoir, donnant un peu trop de facilité à un métrage qui avait jusque là atteint une perfection émotionnelle rarissime.

Mais comme vous l'aurez de toute façon bien compris, on adopte sans peine ce BRISBY ET LE SECRET DE NIMH dans le cadre fermé des grands films d'animation. Et il est suffisamment restreint pour s'autoriser à faire des manières.

# Posté le dimanche 08 mars 2009 13:06

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:39

Unborn

Unborn
Sortie : 11 Mars 2009
Réalisation : David S. Goyer
Avec Odette Yustman, Gary Oldman, Cam Gigandet...
Américain
Note : 0
Script : David S. Goyer
Compositeur : Jerry Goldsmith

Casey Bell n'a jamais pardonné à sa mère de l'avoir abandonnée enfant. Mais quand des événements inexplicables commencent à se produire autours d'elle, elle comprend petit à petit la raison de cet abandon. Hantée par des cauchemars incessants, et traquée par un fantôme sans merci quand elle ne dort pas, son salut viendra de Sendak, un spécialiste du surnaturel, seul apte à mettre fin à son calvaire...


A priori, on se foutait pas mal de savoir s'il était possible d'être possédé par quelqu'un n'ayant jamais existé. Non pas que la réponse nous ait déjà été donnée il y a quelques 36 ans par un certain W.F (parait qu'il a réalisé un petit film traitant du sujet, depuis tombé dans l'oubli), mais poser la question pour y répondre négativement reviendrait surtout à soupçonner le spectateur d'être un imbécile. Alors oui, les distributeurs français du déjà oublié UNBORN ne connaissent pas leurs classiques ; certes, l'accroche originale ne nous invitait pas tellement à attendre un grand moment de transgression (« Evil will do anything to live ») et ce ne serait pas la première fois que Michael Bay finance n'importe quoi. Pourtant au final, ce n'est pas tellement l'intarissable volonté avec laquelle nous est servie ce récit archi-éculé qui étonne. A vrai dire, il serait même permis d'applaudir le semblant d'innocence avec lequel sont réorchestrés des tentatives de mise en scène qui ne fonctionnent plus depuis nos 12 ans, si seulement l'ahurissant je-m'en-foutisme de ses instigateurs n'imprégnait pas autant chaque bobine. Car non satisfaite d'expédier un récit affreusement mal écrit parce que continuellement parcouru d'incohérences, de visage qui ouvre brutalement les yeux, d'ouverture de porte vitrée et de bonnes idées jamais exploitées (l'holocauste, la gémellité...), l'équipe de UNBORN ne cherche pas à cacher ses véritables intentions en pillant des idées chez tous les succès horrifiques qu'ils avaient à portée de main sans jamais tenter des les justifier. Et de MIRRORS à RING en passant par THE EYE, THE GRUDGE, L'EXORCISTE et autres joyeusetés, tout est aussi vite cité qu'instantanément oublié, histoire quand même de continuer l'histoire de façon un peu plus personelle. Jusqu'à une séance d'exorcisme aussi facile qu'un métrage totalement inutile et tout aussi insupportable.

# Posté le jeudi 12 mars 2009 10:06

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:40

Dragonball Evolution

Dragonball Evolution
Sortie : 01 Avril 2009
Réalisation : James Wong
Avec Justin Chatwin, Emmy Rossum, Chow Yun-Fat...
Américain
Note : 0
Script : Ben Ramsey
Compositeur : Brian Tyler

Dans les temps anciens, la Terre faillit être détruite par des forces maléfiques. Pour s'en prémunir, sept sages créèrent les boules de cristal : les Dragonballs. Décidées à prendre leur revanche, les forces du Mal sont désormais de retour, et un seul guerrier d'exception est capable d'empêcher le pire. Le jeune Sangoku va alors découvrir le jour de ses 18 ans que son destin est trés loin de ce qu'il avait imaginé.
Après la mort accidentelle de son grand-père, il rencontre Maître Roshi, un expert en arts martiaux qui lui révèlera le secret et le pouvoir des Dragonballs. Sangoku se retrouve alors investi d¹une mission cruciale : retrouver toutes les boules de cristal avant son ennemi le plus cruel, Piccolo. Il se lancera dans une course effrénée aux côtés de Bulma, une scientifique brillante, Yamcha, un bandit du désert, et Chi Chi pour qui son coeur bat...



En imposant le terme « Evolution » comme supplément cynique au titre de l'adaptation live d'un des mangas les plus mondialement célébrés depuis plus de deux décennies, l'inénarrable 20th Century Fox pouvait difficilement faire meilleur appel du pied à ses spectateurs. Bien consciente de la trahison totale envers le matériau d'origine, dont le projet cinématographique partageait initialement le nom, il s'agissait là de réduire la portée des critiques d'une communauté de fans qui ne pouvait avant tout s'empêcher d'espérer une parfaite transposition de l'œuvre avec laquelle ils avaient grandi. Attaques systématiques qui négligeaient évidemment la notion même d'adaptation, et pour qui la moindre altération physique des personnages relevait du traumatisme le plus total, quand bien même l'univers dans lequel ils allaient évoluer empêchait depuis longtemps toute forme de débat rationnel.
Pourtant, s'il était dés lors confirmé que DRAGONBALL, chef-d'œuvre littéraire du cultissime Akira Toriyama, se retrouverait profondément dénaturé dans ce DRAGONBALL EVOLUTION ; il n'en fallait pas plus pour légitimer la colère des plus impatients. Car entendons-nous bien, si le film de James Wong est une incroyable purge, il convient de rendre à César ce qui lui appartient.

Vaguement inspiré des premiers tomes du manga qu'il insulte, DRAGONBALL EVOLUTION narre donc la quête initiatique d'un jeune adulte nommé Goku, loser de sa classe et dont le statut d'élu lui intime de partir à la recherche de 7 Dragonball, des boules de cristal qui une fois réunies avant l'éclipse lui permettront d'anéantir le terrible démon Piccolo, par ailleurs coupable du meurtre de son grand-père. Pas grand-chose à voir dans l'absolu avec le matériau d'origine donc, et difficile d'espérer un traitement iconoclaste d'une idée de départ galvaudée. Sauf que là, on n'adapte pas LES PORTES DU TEMPS, ancienne boutade de la Fox qui développait des idées identiques, mais bien un récit qui se distingue avant tout par son irrationalité, vecteur principal d'imaginaire. Mais même anachronismes et infidélités mis à part, DRAGONBALL EVOLUTION pêche avant toute autre chose par la médiocrité hallucinante de son scénario. Ecrit il y a cinq ans déjà par un Ben Ramsey qui avoue sans problème n'avoir été qu'un exécutant de la Fox, qui désirait principalement atteindre un large public au détriment des fans, le script ne doit paradoxalement pas sa honte à sa substitution du monde réel à l'univers intemporel et coloré original, mais bien aux codes cinématographiques et valeurs typiquement contemporaines qui l'accompagnent. Oui, ceux qui veulent que l'exclu du groupe veuille se farcir la copine du caïd, ceux qui l'obligent à y arriver en sortant ses muscles, ou celles permettant à la saga des HIGH SCHOOL MUSICAL d'exister. Exit donc le Goku naïf et gentiment idiot qui touchait l'entrejambes de Chichi pour vérifier sa féminité entre deux tournois d'arts martiaux, exit le Tortue Géniale pervers amateur de revues porno, et bienvenue au lycéen prétentieux et amoureux qui mange une cuisse de dinde en énonçant ses propres pensées, et au vieillard qui finit tristement par ne plus assumer son obsession. On nage donc typiquement dans le genre de mentalité qui transforma LES 4 FANTASTIQUES en sitcom et John McLane en vieux réac dans DIE HARD 4 (deux films de la Fox, mais je suis mauvaise langue...), quand des diktats marketing bêtifiants veulent que le public visé ne puisse s'attacher qu'à des entités d'un univers aseptisé. Le tout bourré d'incohérences et bien trop dense pour se permettre un découpage séquentiel qui aurait attaché de l'importance à la temporalité du récit, dont seules certaines séquences ne sauraient être imputées au montage. Quand 80 minutes de film sont exigées, bien évidemment.
On retrouve bien sûr les boules de cristal, le bâton ou le radar, mais chaque élément inspiré du manga original ne dépasse jamais le statut d'anecdote, car jamais intégrés à une base diégétique cohérente. L'exemple le plus flagrant demeurant le kamehameha, sacrifié sur l'autel de la connerie quand celui-ci servira à soigner ou à allumer des bougies... Le port du kimono en fin de métrage arrivant comme un cheveu sur la soupe, celui-ci n'étant auparavant dévoilé qu'au détour d'un plan unique et nullement justifié par le contexte mis en place. Il fallait sans doute bien ça pour créer un enjeu et marquer le coup pour rappeler que Piccolo, il est super vilain. Il faut dire qu'en 3 séquences de 30 secondes et en y faisant allusion qu'avec parcimonie, on l'avait quelque peu oublié.
Fox 1 / Public 0.

Au final, rien n'aurait pu permettre au spectateur de s'en aller en paix, si ce n'est la notion bien vague d'une mise en scène qui incarnait l'élément primordial quant à tout aspect de réussite d'adaptation. Car DRAGONBALL, c'est aussi le dynamisme et la violence de combats sublimés par leur équivalent télévisé, qu'un découpage si caractéristique achevait de rendre inoubliable. Demeure ce souci d'inadaptabilité cher aux fans, que les MATRIX REVOLUTION et SPEED RACER des frères Wachowski ou le procédé de performance capture avaient annihilé. Mais avec le manque d'ambition total de James Wong, bien limité malgré lui par un budget inadéquat de 45 millions de dollars (l'équivalent d'un RESIDENT EVIL EXTINCTION) et qui cachait bien mal le résultat final par des déclarations consensuelles et inutiles, se pose là. Attention tout de même, le coupable n'est pas celui qu'on croit, et porte un nom bien précis. Certes, les cadres du cinéaste ne font jamais illusion et les chorégraphies sont d'une affligeante banalité, le tout sublimé par des câbles continuellement perceptibles dont la propension à se noyer dans le ridicule épate. Mais comme dans le cas d'HITMAN, où un Xavier Gens impuissant se faisait dégager de la post-prod par la Fox, jugeant le produit final trop violent, DRAGONBALL EVOLUTION se voit mettre à mal son intégrité formelle. Il n'y à en outre qu'à s'autoriser à un nouveau visionnage des DESTINATION FINALE 1 et 3 et du sympathique THE ONE pour se convaincre que le hongkongais est loin d'être le premier à privilégier l'édulcoration et le bidouillage facile en post-prod. Le résultat qui nous est présenté ne résulte donc pas de son œuvre, mais bien du travail de deux dyslexiques de l'image, incapables de rendre l'action lisible quand le chef-opérateur faisait déjà n'importe quoi, et chargés d'économiser le budget consacré aux effets spéciaux lors d'un final expédié en moins de cinq minutes. Un combat grotesque dont ne ressort aucune émotion car montée en parallèle avec les futilités scénaristiques propres aux personnages secondaires, et dont le seul frisson provoqué le kamehameha sera instantanément remplacé par l'hilarité incontrôlable lors de sa projection. Il n'y aura d'ailleurs jamais de plan d'ensemble permettant de visualiser l'espace, les deux monteurs se permettant même d'inverser un plan précédemment utilisé pour surdoser l'action et faire illusion !

Stephen Chow se laissant aller à la confession de son inutilité au cours du tournage, les projections presse inexistantes et la société de production responsable du film se doivent de vous mettre la puce à l'oreille. Vous l'aurez aisément compris, DRAGONBALL est un manga qui ne ressemble à aucun autre. Son adaptation, elle, n'incarne qu'une énième leçon d'anti-cinéma orchestrée par une 20th Century Fox qui continue à prendre de haut ses franchises qu'elle transforme en produits de consommation courante pour une jeunesse qui ne voit pas encore ce qu'on lui vend. Ruinée par ailleurs par la nullité de son casting, DRAGONBALL EVOLUTION est l'accomplissement d'une politique dirigée par le fric, que seule sa source peut encore mettre à mal...

# Posté le jeudi 02 avril 2009 12:15

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:41

Monstres Contre Aliens

Monstres Contre Aliens
Sortie : 01 Avril 2009
Réalisation : Rob Letterman et Conrad Vernon
Avec Louise Bourgouin, Julien Doré...
Américain
Note : @@@
Script : Maya Forbes, Wallace Wolodarsky, Rob Letterman, Jonathan Aibel, Glenn Berger et Conrad Vernon
Compositeur : Henry Jackman

Le jour de son mariage, la jeune Susan Murphy reçoit sur la tête... une météorite qui la transforme en un monstre de plus de 20 mètres. L'armée entre promptement en action, neutralise la géante et l'incarcère dans une prison top secrète. Rebaptisée Génormica, Susan fait connaissance avec ses compagnons d'infortune : le brillant Dr Cafard, à tête d'insecte, l'hybride macho de singe et de poisson appelé Maillon Manquant, l'indestructible et gélatineux BOB et le gigantesque Insectosaure.
L'heure de la délivrance ne tarde pas à sonner pour tous ces Monstres, car voici qu'un mystérieux et maléfique robot, échu d'une lointaine galaxie, se pose sur notre planète et se met à y causer de sérieux dégâts. Le Président, cédant aux pressions du général Putsch, décide alors d'enrôler les Monstres pour contrer les envahisseurs et sauver le monde civilisé d'une destruction imminente..



L'inconvénient majeur des productions tournées dans l'optique de projections en 3D, c'est leur absence totale d'ambition quant à l'utilisation du dit procédé. Préférant tout miser sur le lancement d'objets au nez du spectateur plutôt que sur le rôle d'une éventuelle profondeur de champ, aucune n'a encore établi de réelle différence entre un visionnage classique en 35mm de celui en 3 dimensions. Fâcheux, surtout quand le nullissime VOYAGE AU CENTRE DE LA TERRE se contentait il n'y a pas un an d'exploiter les mêmes ingrédients que le troisième épisode de VENDREDI 13 s'était déjà appropriés bien avant (26 ans pour être précis, mais chut, restons discrets...). Et le simple fait d'observer l'affiche du prochain MEURTRES A LA SAINT VALENTIN permet de comprendre qu'on n'est pas prêt d'en finir. Evolution visuelle et film le plus ambitieux des studios DreamWorks Animation à ce jour, MONSTRES CONTRE ALIENS impose pourtant le respect. Il en devient même obligatoire de regretter l'absence quasi-intégrale de salles permettant sa diffusion tri-dimensionnée...

Car au final, l'un des premiers plans représentant un personnage jouant au jokari, ne peut être vu que comme un pied de nez sensationnel des réalisateurs envers un concept qu'ils jugent visiblement archaïque. La balle se dirigeant vers l'écran ne représentera ainsi que l'unique emploi d'un effet facile qui ne permet aujourd'hui plus le moindre étonnement. Impression confirmée tout le long du métrage par une mise en scène axant son atypisme sur la composition précise d'un cadre permettant l'intégration de plusieurs niveaux de profondeur de champ. Visuel difficilement perceptible en dehors du visionnage pour lequel il a été initialement conçu (le film a été pensé directement en 3D, et non a posteriori), et qui place clairement MONSTRES CONTRE ALIENS au-dessus de n'importe quelle production visuellement irréfléchie. L'œuvre de Conrad Vernon et de Rob Letterman trouve à ce titre une certaine frustration évidente, née de scènes d'action proprement ahurissantes qu'un découpage basé sur le point de vue achève de rendre spectaculaire. C'est là que la meilleure idée du scénario prend toute son ampleur, celle d'avoir créé le personnage de Suzanne (tout droit tiré de L'ATTAQUE DE LA FEMME DE CINQUANTE PIEDS), gigantesque bout de femme qui oblige de fait d'établir des rapports de tailles entre les différents protagonistes, offrant à la première séquence d'action pure du film un cachet hautement spectaculaire.

Persistait malgré tout le passé des studios, qui, en dehors des deux premiers SHREK ou de MADAGASCAR, ne pouvaient s'empêcher de baliser leurs récits d'un faux second degré pénible, boursoufflé par des canons narratifs infantiles et sans surprises. Même le prometteur KUNG-FU PANDA y avait laissé sa peau, oublié qu'il fut sur la route de l'héroïsme et de l'humour facile. Surprise donc ! MONSTRES CONTRE ALIENS, s'il se révèle malheureusement linéaire de tout son long, la faute à des personnages qui n'évoluent que trop peu, voit son scénario contrebalancé par l'univers ultra-référentiel auquel il fait appel. Monstres iconoclastes tous droit inspirés de classiques (LA MOUCHE ou KING KONG entre milles), mais surtout décalages comiques ahurissants que permettent les détournements des codes cinématographiques empruntés. L'apparition subite de deux morceaux musicaux n'ayant strictement aucun rapport avec le contexte constituent à ce titre les meilleurs moments du film, qui a enfin la bonne idée de placer ses réflexions thématiques au dernier plan. C'est d'ailleurs la plus belle initiative du film, comblant ses défauts par un sens du rythme inoxydable et annihilant toute volonté d'émouvoir par la chose la plus difficile à orchestrer : le rire !

Vous l'aurez compris, 2009 marque le retour en force du cinéma d'animation. VOLT, STAR MALGRE LUI signait celui des studios Disney, quand MONSTRES CONTRE ALIENS s'offre enfin le luxe d'adopter un second degré que DreamWorks avait tendance à négliger. Et ça, c'est déjà une belle avancée en soi.

# Posté le vendredi 03 avril 2009 10:02

Modifié le dimanche 18 octobre 2009 13:34