College

College
Sortie : Inédit en France
Réalisation : Deb Hagan
Avec Drake Bell, Kevin Covais, Andrew Caldwell
Américain
Note : @@@@
Genre : SuperGood
Script : Dan Callahan et Adam Ellison
Producteurs : Julie Dangel, Malcolm Petal et Adam Rosenfelt

Trois jeunes lycéens vont vivre un week-end d'enfer lorsqu'ils visitent un collège voisin.


S'il y a une chose qui devrait sympathiquement vous énerver, c'est bien l'impuissance avec laquelle vous constatez la connerie abyssale des comédies des dernières années. Vous ne pouvez rien faire face à cette invasion de guimauve calibrée et de bienséance persistante, et c'est en vous rappelant les doux murmures des comédies de John Hugues et de Judd Appatow que vous vous endormez en fantasmant sur un meilleur lendemain. Et bien sortez les trompettes, les pizzas, les capotes et la bière, car COLLEGE, premier long-métrage du prometteur Deb Hagan et toujours inédit dans nos contrées, vous ouvre les portes de ses confréries pour une heure et demie de subversion libératrice. Et autant dire que si SUPERGRAVE incarne pour vous le graal absolu du teen-movie, il vous sera bien difficile d'en sortir.

De tiquer dans un premier temps. Un intello maigrichon à lunettes un peu coincé, un gros qui sort des familiarités toutes les deux répliques et un jeune adulte en mal d'amour, le trio qui nous est présenté semble en effet tout droit calqué honteusement sur le film de Greg Mottola. On se demande même pendant les dix premières minutes si COLLEGE possède un quelconque intérêt, tant les répliques et les situations convenues s'enchaînent sans sourciller. En ersatz du génial Jonah Hill, Andrew Caldwell (vu brièvement dans TRANSFORMERS) semble avoir toutes les peines du monde à faire oublier son vraisemblable modèle, quand Kevin Covais n'apporte rien au sosie du personnage interprété magistralement par Christopher Mintz-Plasse. Bref, tout spectateur connaissant SUPERGRAVE aura le droit de se demander ce qu'il fait là.
Narrant les péripéties de 3 amis, qui vont se retrouver tout un week-end souffre-douleurs d'une confrérie suite à la visite d'une fac dans laquelle ils espèrent entrer, COLLEGE prend enfin ses marques dés l'arrivée du trio dans la ville voisine. Et c'est peu de le dire, tant le film semble prendre une voie diamétralement opposée à celle empruntée jusqu'ici. Les répliques graveleuses coulent à flot autant que l'alcool ingurgité par les personnages, et miracle, elles fonctionnent toutes. Malgré leurs premiers déboires, une soirée débute pour vingt bonnes minutes ou le réalisateur ne s'occupera de rien d'autre que d'installer du rythme, et surtout des gags aussi hilarants les uns que les autres. Certains clichés inhérents au genre sont certes bien présents, une petite histoire d'amour semble également se profiler au lendemain de cette première débauche, qu'en commence une seconde dix minutes après, après avoir à peine effleuré ce qu'on commençait déjà à prendre en traître. Dialogues jubilatoires, foutage de gueule vis-à-vis d'un handicapé, personnages ivres morts, baise en arrière-plan ou lesbiennes qui se font plaisir pendant qu'un des personnages les observe sous leur lit, COLLEGE reste fidèle à une démarche jusqu'au-boutiste rarissime qui fait terriblement plaisir à voir. On ne peut ainsi que regretter le gros quart d'heure ou le montage laisse un peu trop traîner des séquences louant les intentions de ses auteurs, mais qui n'étaient pas foncièrement utiles à l'aune d'une première heure quasi-parfaite. Peut-être pour nous faire croire à des dernières minutes convenues, pourtant bien loin de ce à quoi on va assister... Au final, tout reste orchestré de façon à ce que l'on ne puisse même pas ériger en reproche le fait que le scénario reste minimaliste dans ses propos.

Aussi, vous ne supportez plus que les ados parlent comme des quinquagénaires rentrés dans le rang neuf comédies sur dix ? Vous êtes persuadés que les soirées nonsensiques où sexe et alcool sont les maîtres-mots, sont une période unique de votre vie ? Alors, viendez les gens, viendez au COLLEGE, le film ou on ne peut que souhaiter d'y être. Peut-être moins drôle et intelligent qu'un SUPERGRAVE, le premier long de Deb Hagan se hisse en outre à des hauteurs inatteignables pour une large majorité de chaque teen-movie à venir. A découvrir dans toutes les bonnes mules.

# Posté le vendredi 06 février 2009 05:38

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:33

Vendredi 13

Vendredi 13
Sortie : 11 Février 2009
Réalisation : Marcus Nispel
Avec Jared Padalecki, Derek Mears, Amanda Righetti
Américain
Note : @
Genre : Vendredi 13
Script : Mark Swift et Damian Shannon
Producteurs : Michael Bay, Andrew Form et Bradley Fuller

Un groupe d'adolescents découvre le camp de Crystal Lake en même temps que le terrifiant Jason Voorhees et ses intentions meurtrières...


Hormis dans un JASON X hautement jubilatoire, il était bien difficile de vivre un quelconque moment de cinéma dans une saga qui se démarquait avant tout par son infinie nullité. Riche de onze épisodes avant ce dernier opus, la série des VENDREDI 13 avait en effet cette particularité, de mixer sexe et massacres dans des réalisations je-m'en-foutistes les plus totales. Le temps est d'ailleurs totalement étranger à ce constat, ce qui rend encore plus pénible aujourd'hui ce qui devait déjà être insupportable hier, et ne pouvait que laisser présager du meilleur quant à son reboot. Car s'il semblait bien difficile de faire, sinon pire, aussi inintéressant, l'annonce de l'allemand Marcus Nispel aux commandes pouvait dans l'absolu promettre un spectacle au moins aussi attachant que le dixième opus de James Isaac. Responsable d'un PATHFINDER oublié 5 minutes après son visionnage, le cinéaste avait cependant eu le mérite d'offrir un des meilleurs remakes de la décennie, celui de MASSACRE A LA TRONCONNEUSE. Mince espoir à nuancer toutefois, par le nom de la société de production responsable du projet. Michael Bay et Platinum Dunes sont effectivement à la tête de ce remake, et on préfèrerait presque ne pas citer les métrages post-MASSACRE A LA TRONCONNEUSE dont ils ont été auteurs. AMITYVILLE.
Méfiance malheureusement justifiée.

Au final pourtant, ce douzième opus a au moins quelques mérites. En dehors de sa forme, qui sait sublimer Jason pour le rendre particulièrement imposant, VENDREDI 13 se montre incroyablement fidèle à la saga qu'il perpétue. Une qualité en soi, mais qui implique de fait tout ce qui en constitue l'essence. Faux remake du premier épisode, dont le final est par ailleurs raconté en 3 minutes en début de métrage, VENDREDI 13 nous conte donc les mésaventures de jeunes adultes en proie au boogeyman propriétaire des lieux, après un pré-générique de plus de 20 minutes qui fera office de présentation, tout en dévoilant les faiblesses d'une mise en scène qui ne s'en relèvera jamais par la suite. A l'instar de la dite introduction, qui empêche toute tension car montée en parallèle avec les cartons du générique, VENDREDI 13 n'aura de cesse de cumuler les tares caractéristiques de la majorité de ses prédécesseurs, se permettant même de les moderniser. Exit donc les meurtres old-school qui provoquent l'hilarité, place à la caméra à l'épaule qui laisse indifférent. Pour la plupart sans aucune originalité ou brutalité, mais surtout majoritairement illisibles, les tueries orchestrées par Jason font peine à voir et se montrent aussi banales que dans n'importe quel mauvais slasher. Ne reposant jamais sur une mise en scène pensée qui permette de créer une ambiance bénéfique à la terreur, chaque massacre se montre prévisible au plan près, la faute à un découpage hors-sujet (tiens, la caméra est placée au-dessus de la baignoire et nous montre une jeune fille qui ouvre le rideau, mais qu'est-ce qui va bien pouvoir se passer...), qui se contente de toujours faire apparaître Jason de la même façon dans le cadre, avec accentuation du sound-design continuelle. Jason n'en a heureusement pas l'exclusivité, puisque même l'apparition d'une télévision brisée, de sifflets, d'un chien, d'une tête de mort, l'ouverture d'un rideau ou d'un congélateur (je vous dis pas les chocottes quand on voit les bacs de glace apparaître) se voit gratifier d'un travail sonore totalement hors de propos, qui rappelle d'ailleurs les meilleurs moments des récents THE EYE et TERREUR SUR LA LIGNE, où l'ouverture d'un four ou d'une penderie étaient synonymes de terreurs obsessionnelles.
Marcus Nispel fait pourtant tout ce qu'il peut et montre qu'il connaît le genre qu'il investit, en permettant à un des personnages de casser une lampe parce qu'il s'amusait avec une crosse de hockey, permettant du même coup à la lumière de clignoter et de faire réapparaître ce sacré Jason au moment où personne ne s'y attendait. Bien trop pour faire le poids face aux quelques très beaux plans dont nous gratifie le réalisateur et à la superbe photographie, bizarrement bien trop sombre lors des combats.

Vous l'aurez compris, Marcus Nispel ne s'aventure jamais sur la même voie qu'un Rob Zombie, dont l'excellent remake d'HALLOWEEN réussissait constamment à éviter les sentiers opportunistes à la mode, quand paradoxalement, le cinéaste allemand s'essaie parfois à donner un brin d'humanité à son avatar. Non pas en lui collant une casquette à la manière du pathétique PROM NIGHT ou en revisitant son enfance, mais par petites touches parfois bien senties, bien que totalement vaines. Aujourd'hui, Jason court, Jason tire à l'arc, Jason crée de petits pièges et Jason coupe le courant, mais Jason ressent aussi le besoin de passer par la cave pour s'occuper de ses victimes et de monter sur un toit, histoire de prendre la pause avant de passer à table. Narrativement bancal donc et typique d'un récit qui trouvera son point d'orgue dans une séquence riche en émotions. Effectuer un reboot d'une saga ou le boogeyman est présent dans l'inconscient collectif comme portant un masque de hockey avait de quoi donner des idées aux scénaristes de FREDDY CONTRE JASON. A contrario de MEURTRES EN 3 DIMENSIONS, où ce dernier volait le masque à un adolescent et ne possédait pas encore la dimension qu'on lui connaît, ce renouvellement de la saga se devait de donner lieu à une séquence qui confronterait Jason à sa mythologie. Mais comme dans le nullissime MASSACRE A LA TRONCONNEUSE : LE COMMENCEMENT, où Leatherface trouvait sa tronçonneuse sur le sol, Jason découvre un masque de hockey près d'une de ses victimes et décide de le porter après avoir vérifié dans un miroir qu'il avait de la gueule. Il fallait cependant bien ça pour se séparer des personnages du film, qui n'auront pour seule qualité d'élever le body count à des hauteurs éminemment sympathiques. Enième scorie d'un VENDREDI 13 chiant, jamais fun et jamais effrayant. Un VENDREDI 13, donc.

# Posté le mardi 17 février 2009 04:25

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:34

Le Séminaire

Le Séminaire
Sortie : 11 Février 2009
Réalisation : Charles Nemes
Avec Bruno Solo, Yvan Le Bolloc'h, Virginie Hocq...
Français
Note : @@
Script : Alexandre Arpégis, Jérome Arpégis et Frédéric Le Bolloc'h
Producteurs : Jean-Yves Robin

C'est entre espoir et crainte que six employés de la société Geugène se rendent à Paris pour participer à un séminaire de motivation. Parmi eux, Hervé, délégué syndical duplice, et Jean-Claude, qui se décrit lui-même comme le roi de la vente. Pour Jean-Claude, ce séjour est l'occasion inespérée de reconquérir sa femme, qui l'a quitté avec enfants et bagages quand il a incendié leur pavillon pour toucher de l'argent des assurances. Flanqué d'Hervé, qui a tout de suite vu en l'assistante de leur coach une candidate à l'écart conjugal, Jean-Claude va quadriller la capitale à sa recherche et fera la preuve que les innocents peuvent parfois trouver une épingle dans une botte de foin. Tout irait presque normalement si Hervé ne faisait une découverte alarmante : le séminaire n'est qu'un prétexte à une évaluation masquée des personnels en vue d'un redéploiement. Ce que tous traduisent par "plan social". Ils passent de la docilité à la révolte, retournant les acquis du séminaire contre leurs employeurs indélicats...


« Ce n'est pas du cinéma social », entendait-on récemment sortir de la bouche d'une journaliste qui ne supportait pas de n'avoir aucun argumentaire valable pour descendre LOL, accessoirement meilleure comédie française sur la jeunesse depuis... euh... bref. Il devient donc normal et acceptable qu'un film puisse être seulement jugé à l'aune du message qu'il véhicule. A croire qu'il suffit maintenant de s'astreindre à la normalité et être porteur de vérités pour être apprécié. Oubliées les qualités formelles et narratives d'un métrage quand celui-ci a le culot de se montrer subversif, oubliés les défauts s'il fait dans la démagogie. Il n'y a qu'à voir deux cas précis que sont MYSTERIOUS SKIN et AMERICAN HISTORY X. Tu oses montrer la pédophilie sous deux points de vue antagonistes ? Œuvre du diable. Tu tires dans la caricature mais t'opposes au racisme ? Chef-d'œuvre (« de tte façon, si taim po ce film c que t raciste lol ^^ ). Ca en deviendrait presque une banalité si tous les genres étaient atteints. Et pourtant, LE SEMINAIRE qui nous intéresse aujourd'hui a beau se montrer plus transgressif, rythmé, ambitieux et travaillé que 9/10 des comédies hexagonales de ces dernières années, que le voilà réduit à un simple porte-parole d'un message bien-pensant.

Prenant place quelques mois après ESPACE DETENTE, premier volet d'une saga cinématographique consacrée aux personnages de CAMERA CAFE, LE SEMINAIRE conte donc tout bêtement les péripéties parisiennes de certains cadres de la société Geugène, venus participer à celui-ci pour remobiliser les troupes quant à leur motivation. Mêmes personnages, ou presque (Sylvain est décédé, le reste est tout au plus seulement cité), et toujours mêmes caractères, cette suite perpétue l'esprit de la série télévisée et du précédent opus. Jamais facile, car évitant de se servir de son contexte géographique pour tomber dans le convenu, mais toujours fidèle à cette science des dialogues sur laquelle reposait avant tout le succès de son modèle cathodique, LE SEMINAIRE propose un scénario qui fait plaisir à voir, et dépoussière un genre infiniment cloitré dans sa bienséance. Sexe, alcool ou insultes à tout-va, situations grotesques et improbables qui se servent du comique de situation pour dynamiser le récit, le film de Charles Nemes se montre inépuisable de tout son long en recherchant continuellement l'attention de son spectateur. La structure narrative du récit démontre même une certaine ambition dans la multiplicité des points de vue et de l'action. Et en profite même pour égratigner gentiment le monde du travail, ce qui suffira à certains pour y voir une prise de position quand ce sera tout simplement un procédé narratif permettant au film de continuer.
Un élément manque toutefois au métrage pour se hisser au niveau du précédent. Car le casting a beau se montrer extrêmement familier dans le souvenir qu'on en gardait, clairement excellent (mention spéciale pour le toujours génial Yvan Le Bolloc'h) et provoque régulièrement le sourire, voire le rire ; Thierry Fremont n'est plus là. Il manque cet élément neutre, que le dirigeant du séminaire ou la secrétaire n'apportent pas, ce personnage ultra-charismatique qui fascine et qui intime au reste des personnages d'évoluer. Certes, le cheminement des évènements s'en chargera seul, mais le charme n'y est plus. Ce qui n'empêche jamais LE SEMINAIRE de se montrer drôle, et qui plus outre, réellement efficace.

# Posté le mercredi 18 février 2009 08:28

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:35

La Légende De Despereaux

La Légende De Despereaux
Sortie : 11 Février 2009
Réalisation : Sam Fell et Robert Stevenhagen
Avec Matthew Broderick, Emma Watson, Sigourney Weaver...
Américain, Britannique
Note : @@
Script : Gary Ross
Producteurs : Gary Ross et Allison Thomas

Il était une fois un royaume enchanté, peuplé de gens éternellement heureux, dont le plus grand plaisir était de déguster chaque soir la soupe la plus succulente du monde. Mais un tragique accident enleva un jour la Reine à l'affection de ses sujets, laissant le Roi à jamais inconsolable. Sa fille, la Princesse Petit Pois, se languissait, ainsi que le bon peuple, soudain privé de soupe...
L'espoir renaît lorsque vient au monde une petite souris aux très grandes oreilles : Despereaux Tilling. D'emblée, celui-ci se distingue par sa bravoure et ses ambitions démesurées. Despereaux rêve grand, très grand au regard de sa taille. Il se voit en chevalier, fer raillant contre d'horribles dragons et sauvant de belles princesses en détresse...



Décidément, 2009 nous gâte. Finir par MADAGASCAR 2, MIA ET LE MIGOU ou IGOR l'an dernier commençait à sérieusement nous rendre pessimistes. Pixar serait-elle seule apte à raconter une histoire ambitieuse pouvant plaire à tous ? Sommes-nous voués à vivre de réelles expériences animées qu'une fois par an ? VOLT faisait le premier pas il y a peu pour nous dire d'espérer en attendant LA-HAUT, prochain métrage Pixarien en date. Aussi était-il naïf de croire en LA LEGENDE DE DESPEREAUX, énième anecdote souricière animée qui ne pouvait a priori que se révéler surprenante. Seconde bonne pioche pourtant, le premier film de Robert Stevenhagen en remontre à toute une flopée de concurrents, et scelle une bonne fois pour toutes l'idée qui veut que ludique et ambitieux ne soient pas incompatibles.

Certes plutôt classique dans l'absolu, car privilégiant le récit héroïque à grand renforts de royaume, de princesse et de vilains pas beaux, LA LEGENDE DE DESPEREAUX surprend paradoxalement sur le traitement réservé à cette base diégétique. Ici, le héros est une petite souris qui, contrairement à tous les siens, n'a peur de rien et garde toujours une volonté d'affronter le danger sans le percevoir comme tel. Si celui-ci va sans le vouloir découvrir le monde des humains, sa personnalité permet malgré tout aux scénaristes d'évacuer les codes galvaudés du récit initiatique pour le transformer en quête d'accomplissement. Le lien de Despereaux avec sa famille ou sa tribu inclut du même coup une réflexion intelligente sur la pression sociale et la peur de la différence, élément d'autant plus intéressant qu'a l'instar de HAPPY FEET, cette crainte ne caractérise non pas l'intéressé, mais bien son entourage. Jonglant habilement avec plusieurs genres cinématographiques au gré des quatre arcs scénaristiques mis en place, LA LEGENDE DE DESPEREAUX complexifie une forme pourtant voulue classique et linéaire par une grande partie de la concurrence actuelle. Ne se voulant pas forcément hilarant, mais jamais avare en péripéties et en émotions (la superbe bande originale composée par William Ross y contribue activement), le film se veut extrêmement ludique, sans pour autant laisser les moins jeunes au bord de la route. D'autant que la mise en scène, dont les longs travellings sont toujours magnifiés par le scope, se veut toujours vectrice de rythme et d'implication émotionnelle, sans pour autant orchestrer un découpage aussi diabolique que le film de George Miller précédemment cité. Loin s'en faut. L'animation elle, ne révolutionne strictement rien, mais fonctionne parfaitement dans sa propension à multiplier les ambiances (le village des rats, celui des souris, la royaume des humains...) à défaut d'exposer les couleurs chaudes que les n'enfants ils ne veulent voir.
Bref, intelligent, attachant et mouvementé, LA LEGENDE DE DESPEREAUX est au final ce que se devraient d'être une grande majorité de films d'animations. Ce qui ne risque pas tellement d'être le cas de sitôt...

# Posté le mercredi 18 février 2009 09:42

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:36

Banlieue 13 Ultimatum

Banlieue 13 Ultimatum
Sortie : 18 Février 2009
Réalisation : Patrick Alessandrin
Avec Cyril Raffaelli, David Belle, Philippe Torreton
Français
Note : @
Script : Luc Besson
Production : Europa Corp.

Banlieue 13, deux ans plus tard. Le gouvernement a changé, pas le reste... Le mur d'isolement - toujours plus haut, toujours plus grand, toujours plus loin - s'est étendu autour des cités ghettos et les gangs qui y prolifèrent ont encore accru leur influence. Le trafic se répartit désormais entre cinq quartiers ethniques, chacun dirigé par un redoutable chef de gang. Plus que jamais déterminés à "régler le problème", les services secrets mettent volontairement le feu aux poudres. Damien, flic expert en arts martiaux, et Leïto, capable de se faufiler dans les moindres recoins de la banlieue, font à nouveau équipe. Leur objectif : sauver la cité du chaos. Leur programme : combats musclés et course-poursuites défiant les lois de la gravité...


Le gouvernement a changé. Pas le reste... Il serait presque amusant de constater à quel point ces deux phrases, ouvrant BANLIEUE 13 ULTIMATUM pour nous clarifier la situation contextuelle par rapport au premier opus, s'imbriquent tout aussi bien dans la réalité actuelle. Car si un peu plus de quatre ans s'écoulent entre les deux épisodes, force est de constater qu'effectivement, chez nous aussi le gouvernement est bien le seul à avoir changé. Inconsciente note d'intention de la part de Luc Besson pour nous rappeler que depuis 2004, ses qualités de scénariste n'ont pas évolué ? Prévention délicate et attentionnée quant au fait que cette suite n'apporte aucune nouveauté par rapport à BANLIEUE 13 ? Quoiqu'il en soit, sa volonté de formatage force encore et toujours l'admiration, tout autant que son hypocrisie vis-à-vis de ces vilaines personnes qui téléchargent ses films et qui tuent le cinéma (quand bien même le nombre d'entrées ne cesse d'augmenter d'année en année, bien entendu). Bref, décidément rien de neuf sous le soleil.

C'est bien simple, on a constamment l'impression d'avoir déjà vu le film. Débutant strictement de la même façon que son grand frère, la caméra se baladant dans les recoins de la banlieue avec le même manque de fluidité, BANLIEUE 13 ULTIMATUM prend place quelques temps après les évènements que l'on connait, sans pour autant apporter une quelconque once d'originalité au récit. Les méchants politicards veulent faire disparaître la banlieue 13 à coups de missiles (qui remplacent donc la bombe du précédent opus), les flics sont toujours aussi débiles et font vraiment peur (tellement effrayants que deux personnages, les voyant approcher, mettent rapidement leur ceinture dans une voiture... à l'arrêt), et les deux camps vont se mettre sur la gueule jusqu'à épuisement. Luc Besson montre heureusement qu'il connaît son métier et maîtrise son sujet sur le bout des doigts en invoquant les plus grosses références du genre dans le seul but d'offrir une dimension sociale à son récit. Et aux côtés des figures humanistes que représentent SKATE OR DIE et... BANLIEUE 13, le réalisateur de LEON se permet même de montrer que les banlieues, il kiffe ça. Et comme dans les banlieues t'as vu, on écoute du rap tu vois c'que j'veux dire, il fallait bien Rim-K du 113, James Deano, MC Jean Gab'1 ou encore La Fouine pour incarner différents protagonistes du métrage. Comme si les multiples répliques débiles ne suffisaient déjà pas à montrer que l'on recherchait la complicité du spectateur à tout prix.

Malgré tout, il serait totalement absurde d'affirmer que BANLIEUE 13 ULTIMATUM se doit, tout comme BANLIEUE 13, d'être vu pour son discours auteuriste sur le délicat problème des banlieues. Par ailleurs aussi caricaturaux et naïfs l'un que l'autre, les scénarii ne sont bien sûr que prétextes aux cascades et aux gunfights les plus improbables. Certes, deux-trois acrobaties sont bien calquées sur le premier épisode et celles-ci y sont bien moins nombreuses, la faute à un montage qui étale en longueur tout et n'importe quoi, mais le travail effectué par David Belle et Cyril Raffaelli reste en tous points exceptionnel. Le combat avec le Van Gogh est à ce titre le meilleur moment du métrage, et rappelle d'ailleurs celui effectué par Jason Statham avec sa chemise sur LE TRANSPORTEUR 3. Mais Europa Corp. oblige, toutes les qualités intrinsèques des chorégraphies sont phagocytées par une mise en scène qui cherche constamment à donner du rythme quand elle ne fait que brouiller l'action, par ailleurs, une fois n'est pas coutume, plutôt lisible. Le problème vient une nouvelle fois d'un découpage improbable, œuvre d'un monteur dyslexique incapable de se passer de cuts pour donner aux cascades les dimensions jubilatoire et spectaculaire qu'elles méritent. Et qui du même coup, ne les ont jamais. Gâchis à la mode qui n'aurait de toute façon jamais dissimulé le cachet propre à ce produit de consommation, celui d'œuvre formatée à l'intérêt artistique inexistant et aux velléités lucratives infinies. Même pas sûr que l'on puisse se consoler en se disant que de vraies œuvres de cinéma pourront être financées grâce aux recettes engendrées par ce genre de lessive...

# Posté le jeudi 19 février 2009 10:30

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:37