King Guillaume

King Guillaume
Sortie : 28 Janvier 2009
Réalisation : Pierre-François Martin-Laval
Avec Pierre-François Martin-Laval, Florence Foresti, Pierre Richard...
Français
Note : @
Genre : Ratage transgressif
Script : PFML, Jean-Paul Bathany et Frédéric Proust
Producteur : Antoine De Clermont-Tonnerre

Magali, tubiste dans une fanfare, et Guillaume, conducteur de petit train touristique, mènent une vie tranquille en banlieue, amoureux comme au premier jour, entre rêves modestes et une grossesse qu'ils attendaient depuis longtemps.
Tout se complique lorsque le père de Guillaume, qu'il ne connaît pas, prend contact avec lui pour lui annoncer qu'en vertu d'un accord datant du Moyen-Age, il hérite d'un authentique royaume au large de la France et de l'Angleterre.
Guillaume et sa femme sont tout d'abord incrédules. Mais la perspective de régner sur une île paradisiaque, avec de fidèles sujets, un château, une fortune... est bien tentante !
La réalité est cependant bien loin de ce qu'imagine le couple. L'île n'est qu'un caillou miteux, battu par les vents du Nord et peuplé de seulement cinq habitants quelque peu décalés...
Pendant que Magali délire sur son futur statut de reine, leurs nouveaux serviteurs rivalisent de plans tordus pour leur cacher la vérité, jusqu'à ce que Guillaume ne puisse plus renoncer à sa couronne...



Dans l'absolu, il semble inapproprié d'attaquer un film sur sa propension à chercher l'innovation, et encore moins à la trouver. Démarche intégriste parmi tant d'autres, qui reviendrait à se contenter de méthodes de mise en scène galvaudées ou de scénarii infiniment recyclés, quand leurs investigateurs n'hésitent paradoxalement pas à hurler leur haine au monde au moindre sentiment de déjà vu. Mais quand bien même, il arrive que rien ne fonctionne comme on le voudrait, et que même la plus sincère des intentions ne dépasse jamais le stade de l'essai. Auteur respecté des Robin Des Bois, Pierre-François Martin-Laval s'était révélé en tant que réalisateur grâce à son excellent ESSAYE-MOI, qui dynamitait grâce à un univers loufoque et mélancolique une comédie à la française cloîtrée dans ses archaïsmes. Un souci de nouveauté bienvenue et renouvelé avec ce KING GUILLAUME, qui voit pourtant la plupart de ses tentatives se retourner contre lui. Et quand la transgression ne fonctionne pas...

Désireux d'élargir ses horizons si particuliers où nous étions conviés dans son premier long-métrage, Pef nous renvoie à cette note d'intention dés le pré-générique. Présentant la fameuse île dont va hériter le personnage qu'il incarne, aux travers d'un cours dispensé par Terry - Monty Python - Jones, le cinéaste recourt de nouveau à cette notion de conte mêlé d'absurdité, dont l'épilogue naïf mais sincère sera l'aboutissant d'un récit qui ne reniera jamais les valeurs qu'il aborde. Toujours aussi efficace lorsqu'il s'agit de rendre crédible une situation improbable, car aimant profondément ses personnages et les sublimant à chaque instant (jamais les habitants de l'île ne seront pris de haut), Pef imprime à KING GUILLAUME le même cachet émotionnel dont s'était si bien vêtit ESSAYE-MOI. Un élément rarissime quand les français s'essaient à la comédie, et qui fait d'autant plus regretter le traitement narratif bancal du reste du métrage. A ce titre, le final y est d'ailleurs aussi émouvant qu'il est expédié.
A la limite, ce ne sont même pas tant les dialogues, a priori très bons mais qui ne fonctionnent jamais, qui plombent le récit ; que les faiblesses d'un montage qui tend à oublier de structurer l'histoire contée. A l'instar de personnages secondaires trainés dans la lourdeur (la cabine téléphonique) et l'inutilité, KING GUILLAUME prend son temps pour exposer des faits par ailleurs bien avares en rebondissements, étire les séquences et ne manie jamais l'ellipse à bon escient. Linéaire et sans surprise, le traitement réservé au scénario explique peut-être le fait que jamais, Ô grand jamais, la moindre réplique ne fasse mouche. Paradoxalement jamais faciles, pas même vulgaires et encore moins empruntées, celles-ci sentent clairement une réflexion à leur sujet mais tombent à plat, les unes après les autres. Pas même le casting, excellent (Florence Foresti est toujours aussi géniale), ne semble être en mesure de justifier en partie un tel fiasco.

Vous l'aurez compris, KING GUILLAUME sait se montrer émouvant, KING GUILLAUME est bourré de bonnes intentions, KING GUILLAUME souhaite de tout c½ur redorer le blason du genre qu'il investit. Mais KING GUILLAUME est trop long, KING GUILLAUME est parfois chiant et surtout, KING GUILLAUME ne vous décrochera pas un seul rire. Une grosse déception de la part d'un Pef qui n'a pourtant, pas grand-chose à se reprocher.

# Posté le vendredi 30 janvier 2009 10:00

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:29

Che : Guerilla

Che : Guerilla
Sortie : 28 Janvier 2009
Réalisation : Steven Soderbergh
Avec Benicio Del Toro, Franka Potente, Carlos Bardem...
Américain, Espagnol
Note : @@@
Genre : Complément alimentaire
Script : Peter Buchman
Producteurs : Benicio Del Toro et Laura Bickford

Après la Révolution Cubaine, la gloire et la puissance du Che sont au plus haut. En témoigne sa harangue enflammée aux Nations Unies, réitérant son engagement dans le combat du tiers-monde contre l'impérialisme américain. Plus qu'un soldat, le Che est devenu une figure glamour de la scène internationale. Mais, soudain, voilà qu'il disparaît. Pourquoi a t-il quitté Cuba ? Vers quelle destination ? Est-il seulement en vie ? Le Che réapparaît en Bolivie, incognito et méconnaissable, oeuvrant clandestinement à la constitution d'un petit groupe de camarades cubains et de recrues boliviennes censé amorcer la grande Révolution Latino-américaine. La campagne bolivienne est une ode à sa tenacité et à son sens du sacrifice. Elle nous permet de comprendre pourquoi le Che reste un symbole universel d'héroïsme et d'idéalisme. Son échec entraînera la mort du Che...


C'est un débat sans fin. Quand bien même rien ne permet de l'affirmer quand tout invite à l'analyse, il se posera toujours le même problème de parti-pris. Là ou LA CHUTE déchainait les foules bien-pensantes qui oubliaient qu'Adolf Hitler était aussi un être humain, L'ARGENTIN s'invite à la polémique. La première partie du dyptique consacré à Ernesto Guevara, qui narrait avec un recul épuisant une période de la révolution cubaine, ne faisait pourtant rien pour. Il faut croire que malgré les efforts de Soderbergh pour éviter les codes du biopic en se servant du Che comme élément d'un tout qu'il peignait, seules les ellipses évitant le jugement de son personnage importaient. Partisan donc. Dangereux. Sale. Pas bien.
Fondamentalement différente mais complémentaire, sa suite GUERILLA aura beau user de contradictions formelles bienvenues par rapport au premier opus, tout en restant fidèle à l'approche comportementaliste qu'il développait, elle risque pourtant de perpétuer des questions qui n'ont évidemment pas lieu d'être.

Il est vrai que sans réflexion a posteriori, GUERILLA se pose là. Comme dans L'ARGENTIN, il nous est montré que le Che soignait aussi bien ses partisans que ses ennemis ou les paysans qu'il croisait. En faisant à plusieurs reprises dans la redite dans cet épisode, Steven Soderbergh donne le bâton à ses détracteurs, qui y voyaient là un signe de déification quand le réalisateur oubliait de mentionner les méfaits collatéraux du révolutionnaire. Car là aussi, point de référence aux camps de concentration ou aux assassinats du bonhomme, mais présence parcimonieuse d'actes bienveillants et autres belles paroles. Mais se contenter de ce simple constat reviendrait à nier (et à renier) l'élaboration flagrante d'un projet du cinéaste, non pas sur le Che, mais bien sur le parcours d'un homme conditionné par les différentes étapes de la route qu'il entreprend. Comme en témoigne le changement de format de l'image (le 1,85 :1 se substitue au cinémascope), qui réduit notre champ de vision pour se concentrer sur la personnalité filmée, les protagonistes restent les mêmes mais doivent évoluer dans un autre contexte. Narrant dans la jungle bolivienne comment Ernesto Guevara va chercher à amorcer une révolution latino-américaine, GUERILLA bénéficie d'une approche frontale qui crée une rupture avec la structure narrative éclatée du précédent opus. La mise en scène de l'auteur de TRAFFIC adopte ainsi une narration plus linéaire et posée, essentiellement perceptible en termes de découpage et de production-design. Filmé en grande partie caméra à l'épaule, le Che, autrefois cadré en bonne compagnie, devient progressivement seul. Ses collègues guérilleros désertent sa campagne au fur et à mesure que sa mort approche, jusqu'à l'accomplissement scénique de Soderbergh, qui filme logiquement la fin du Che en vue subjective. Une étude comportementaliste bien plus passionnante que dans L'ARGENTIN, toutefois fidèlement accompagnée du naturalisme déjà recherché. La lumière naturelle couplée à quelques fulgurances de mise en scène accouche à ce titre de séquences de guerre brèves mais réellement spectaculaires.

Intéressant, le fond n'est pas en reste. Et on peut être heureux que la pédagogie soit définitivement délaissée (seuls quelques éléments historiques sont référencés) afin de renouveler les codes du biopic traditionnel. On entrevoit clairement mieux les intentions de l'auteur américain à l'aune de cette conclusion, qui rehausse du même coup la qualité d'un premier épisode qui ne cherchait jamais à développer une quelconque psychologie, ce qu'on était dés lors en droit de lui reprocher. Bien plus compréhensible et passionnant malgré des changements de point de vue plutôt pénibles sur la longueur, GUERILLA fait bien plus que de compléter un tout, mais permet bel et bien de le considérer comme tel. Et malheureusement, de tiquer quant à deux films qui ne pourront jamais se suffire à eux-mêmes.
Bien plus accrocheur et bien mieux rempli en séquences de pur cinéma, CHE - GUERILLA se doit donc d'éteindre toute polémique quant au projet cinématographique dont il fait partie. Faisant malheureusement preuve de faiblesses largement évitables et témoignant de façon flagrante de son inintérêt à échelle unique, ce dénouement fait preuve d'une complémentarité qui se doit d'être jugée avant tout comme une entité. Et au final donc, d'incarner une très belle réussite.

# Posté le samedi 31 janvier 2009 13:28

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:30

Bob L'Eponge - Le Film

Bob L'Eponge - Le Film
Sortie : 09 Février 2005
Réalisation : Stephen Hillenburg
Avec Tom Kenny, Bill Fagerbakke, Clancy Brown...
Américain
Note : @@@@
Genre : Animation populaire
Script : Stephen Hillenburg, Derek Drymon, Kent Osborne, Aaron Springer, Paul Tibbitt et Tim Hill
Producteurs : Stephen Hillenburg et Julia Pastor

A Bikini Bottom, quelqu'un a volé la couronne du roi Neptune, et le patron de Bob l'éponge, M. Krabs, figure en tête des suspects. Convaincus de son innocence, Bob et Patrick partent pour Shell City avec l'intention de le disculper et de restituer sa couronne à Neptune.


Il faut se méfier des apparences, nous dit-on. Nous rabâche-t-on d'ailleurs. A la longue, ça en deviendrait presque pénible. Ca l'est déjà même. Et depuis longtemps. C'est qu'ils ont bon dos ces foutus préjugés. Il faut dire qu'induits par nos médias, ils n'en deviennent que plus tenaces et s'offrent une place de choix dans une pression sociale qui l'est tout autant. Essayez un peu d'assumer une passion dévorante dont vous désirez vivre quand les seuls facteurs d'accomplissement pour votre entourage restent l'ambition et la responsabilité. Osez hurler votre rejet d'une vie dite normale quand la politique exerce sa propagande haineuse quant à vos aspirations. Et dans une moindre mesure, tentez de parler avec sérieux et passion d'un sujet présenté partout comme étant destiné au seul très jeune public ciblé par ses diffuseurs. Un regard compatissant viendra vous effleurer le museau dans une utopie hautaine, quand un gros foutage de gueule viendra plus que probablement vous éveiller à la réalité. Car c'est bien ce qui accompagne en très grande majorité les tentatives de discussions autour de BOB L'EPONGE - LE FILM, qui prouve pourtant à qui veut l'entendre qu'il est encore possible de réaliser un film populaire sans prendre une partie de ses spectateurs pour des demeurés.

Parfaitement ancré dans la continuité thématique de la série télévisée originale, BOB L'EPONGE - LE FILM est en effet un moment de cinéma hautement jubilatoire. Loin des apparences trompeuses qui voudraient que l'univers aquatique dépeint et l'attachante apparence des personnages soient irrémédiablement associés à un humour destiné aux mangeurs de tétine, la création de Stephen Hillenburg en constitue pourtant une parfaite antithèse. Prenant place à Bikini Bottom, une ville sous-marine où cohabitent toutes sortes d'énergumènes, la série se veut une parfaite caricature de la société américaine. Au-delà de toute intention satirique précise et développée, celle-ci réemploie à sa sauce tous les codes et figures du mode de vie Etats-unien pour en tirer un humour totalement en rupture avec les infantilités proposées depuis des années. Les épisodes sont ainsi ouvertement axés vers un second degré que les personnages et péripéties oublient continuellement de rediriger vers la norme. Sans jamais trahir l'esprit de sa version cathodique, BOB L'EPONGE -LE FILM ne propose donc jamais d'alternative au nouveau public découvrant les aventures du carré à trous et de son étoile de mer de sidekick, et lui montre par là même que vouloir rester bête et irresponsable a aussi de bons côtés.

Si le passage du petit au grand écran ne change en rien les personnages et leurs habitudes, il tout aussi inutile de rechercher une quelconque évolution dans la mise en scène. A l'instar des SIMPSON - LE FILM ou de SOUTHPARK... LE FILM, le traitement chromatique n'a pas évolué d'un poil si ce n'est pour renforcer le rendu des couleurs, et les petites manies propres à la série (prises de vues réelles, images fixes sur certains détails) sont toujours présentes. Inutile de rechigner sur ce point-là, BOB L'EPONGE - LE FILM faisant preuve d'une beauté formelle limitée mais tout à fait appropriée.
En revanche, il serait avare de dire que le récit s'avère soigné. Bien plus encore, le scénario de la bande à Hillenburg est un modèle d'absurdité salvatrice et de non-sens orgasmique, qui aligne les idées visuelles et scénaristiques avec une verve imperturbable. Pas si éloigné en ce sens des versions courtes, le long-métrage se distingue avant tout par sa réappropriation des codes de la culture populaire dans un récit qui les dynamite plus que de raison. En faisant la part belle aux personnages, toujours aussi géniaux et déjantés, le film s'impose comme un buddy-movie ultra-référentiel, mais surtout comme une fable initiatique aussi hilarante qu'intelligente. Jamais lourds, chaque gag contribue à l'identification aux personnages de Bob et Patrick, tous deux désireux de montrer au monde que même en étant considérés comme les enfants qu'ils sont, rien ne peut réellement les dissocier du monde des adultes. Véritable ode à l'enfance et à l'imaginaire, BOB L'EPONGE - LE FILM étonne en outre quant à son incroyable faculté à faire naître l'émotion. A ce titre, il ne serait pas étonnant que certains se laissent aller à lâcher quelques larmes, lors d'une séquence qui fera évidemment rire les plus cyniques quand elle scotchera quiconque s'étant reconnu dans une des deux victimes, quand bien même on pleurait déjà, de rire, depuis une bonne heure. Cinq minutes jamais gratuites et narrativement fondamentales, d'un film qui n'aura de cesse de se moquer des conventions et de la morale auxquelles sont habituées nos chères têtes blondes, qui elles, n'auront pas pu saisir tout le potentiel comique d'une telle ½uvre.

Vous l'aurez compris, BOB L'EPONGE - LE FILM est un petit chef-d'½uvre qui mérite réellement qu'on s'y attarde. Sous réserve bien sûr, d'aller au-delà de ce qu'il peut représenter.

# Posté le lundi 02 février 2009 17:44

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:31

L'Etrange Histoire De Benjamin Button

L'Etrange Histoire De Benjamin Button
Sortie : 04 Février 2009
Réalisation : David Fincher
Avec Brad Pitt, Cate Blanchett, Tilda Swinton...
Américain
Note : @@@
Script : Eric Roth
Producteurs : Frank Marshall, Cean Chaffin et Kathleen Kennedy

"Curieux destin que le mien..." Ainsi commence l'étrange histoire de Benjamin Button, cet homme qui naquit à 80 ans et vécut sa vie à l'envers, sans pouvoir arrêter le cours du temps. Situé à La Nouvelle-Orléans et adapté d'une nouvelle de F. Scott Fitzgerald, le film suit ses tribulations de 1918 à nos jours. L'étrange histoire de Benjamin Button : l'histoire d'un homme hors du commun. Ses rencontres et ses découvertes, ses amours, ses joies et ses drames. Et ce qui survivra toujours à l'emprise du temps...


Savoir agencer l'émotion est une chose, y arriver en est une autre. Perçue différemment selon tout un chacun, son effet tend pourtant à dépendre de la sincérité de celui qui l'orchestre. Le récent cas du désespérant SEPT VIES se posait là. Personnages aveugle, en attente de greffe ou tout simplement malades, notes de piano continues au gré de situations tragiques, la volonté de ses scénariste et réalisateur quant à chercher les larmes de son public imprégnait chaque plan et dissimulait bien mal sa vocation putassière et pleurnicharde. Au point finalement, de le laisser indifférent. Parfaite et totale antinomie de la chose, L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON mérite, lui, un respect total. En se rappelant qu'une ambiance morbide ne suffit souvent pas à toucher son spectateur, David Fincher impose ses talents de conteur et transcende son récit par l'humanité nécessaire à toute implication émotionnelle. Par des méthodes qui, paradoxalement, pourront l'annihiler instantanément.

Avant toute chose, il serait presque primordial de réhabiliter l'½uvre à travers son titre original. Car "L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON" élève en contresens un récit qui se démarque justement par sa normalité et sa volonté d'être intrinsèquement érigée en note d'intention. THE CURIOUS CASE OF BENJAMIN BUTTON semble ainsi bien plus apte à traduire l'ironie du destin de cet homme, né avec le métabolisme d'un homme en fin de vie mais dont le parcours ne sera pourtant jamais caractéristique sur le fond, d'une quelconque différence physiologique, comme il l'énoncera justement lui-même dans un final symbolique mais peut-être trop explicite. A l'instar d'une voix off parfaitement justifiée mais parfois pénible dans sa propension à surligner les faits, le scénario d'Eric Roth se montre en effet trop souvent démonstratif et impose des réflexions pourtant parallèlement mises en images par David Fincher. Bien que parfaite à tous les niveaux, la mise en scène du cinéaste semble parfois phagocytée par l'aspect didactique du récit, dont le malheureux point d'orgue est incarné par cette séquence où un Benjamin Button narrateur explique le fonctionnement d'une théorie du chaos à échelle humaine, d'un accident qui aurait pu être évité si un seul élément d'un tout avait été modifié. Mais ne nous y trompons pas, car si les dialogues peuvent empêcher une quelconque naissance d'émotion, ceux-ci font preuve d'un souci d'écriture sincère qui empêche toute gratuité d'un propos tout aussi louable. On ne surprendra donc jamais l'auteur de SE7EN à disserter sur un droit à la différence auquel pourrait prétendre son personnage, lui qui préfère y substituer le récit de toute une existence basée sur un rapport évident à l'amour, à la vie et à la mort. Des thématiques galvaudées que le réalisateur américain traite habilement par différents points de vue, ceux de Benjamin Button et de la femme qu'il aime.

Deux histoires littéralement inversées d'où découlera le traitement narratif voulu par Fincher, qui ne pouvait a posteriori pas être autrement agencé. L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON questionne ainsi moins son principal avatar, percevant son existence « de ses propres yeux », qu'il propose des réflexions basées sur son évolution au travers des différentes périodes de sa vie et son rapport aux environnements qu'il traverse. Comme FORREST GUMP, Benjamin Button se pose en témoin de l'histoire américaine et prend par là même de véritables allures de biopic. Le développement des personnages est à ce titre un modèle de psychologie et offre au récit une réelle dimension humaniste et émotionnelle. Bref, un conte où réel et fantastique ne font qu'un, traité comme tel par l'ambition formelle d'un réalisateur qui se sacralise lui-même autant qu'il passionne pendant près de trois heures.
« La véritable valeur d'un film n'est mesurable que cinq, dix ans plus tard » affirme le cinéaste. On se rappelle en outre que l'évidence de la réussite n'attend pas. Loin des effets ostentatoires d'un PANIC ROOM, David Fincher simplifie faussement sa mise en scène, à la manière d'un SE7EN où celle-ci était exclusivement au service de son histoire. La beauté des cadres persiste au gré d'une photographie superbe qui sait s'adapter à l'époque décrite, quand le découpage empêche tout problème de rythme. Impossible dés lors de se plaindre outre mesure, d'autant que les dernières technologies employées pour le film se montrent impeccables de discrétion. A travers les âges, Brad Pitt n'étonnera que ceux n'ayant jamais fais attention à la présence et à la justesse de l'un des meilleurs acteurs au monde. Et en sa compagnie, l'interprétation atteint le sans-faute.

Vous le comprendrez aisément, L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON décevra les personnes allergiques à la démonstration. David Fincher signe pourtant là un conte dense, ambitieux et populaire qui devrait imprimer sans réelle concurrence son nom au prochain palmarès des oscars. Et en bouleverser plus d'un.

# Posté le mercredi 04 février 2009 13:42

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:32

Volt, Star Malgré Lui

Volt, Star Malgré Lui
Sortie : 04 Février 2009
Réalisation : Chris Williams et Byron Howard
Avec Richard Anconina, Omar, Fred...
Américain
Note : @@@
Script : Dan Fogelman et Chris Williams
Producteur : Clark Spencer

Pour le chien Volt, star d'une série télévisée à succès, chaque journée est riche d'aventure, de danger et de mystère - du moins devant les caméras. Ce n'est plus le cas lorsqu'il se retrouve par erreur loin des studios de Hollywood, à New York... Il va alors entamer la plus grande et la plus périlleuse de ses aventures - dans le monde réel, cette fois. Et il est convaincu que ses superpouvoirs et ses actes héroïques sont réels...
Heureusement, Volt va se trouver deux curieux compagnons de voyage : un chat abandonné et blasé nommé Mittens, et un hamster fan de télé dans sa balle de plastique appelé Rhino. Volt va découvrir qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des pouvoirs extraordinaires pour être un vrai héros...



C'est un fait accepté par tous. Walt Disney Pictures se montre clairement à la ramasse face à l'ogre Pixar, qui depuis TOY STORY multiplie les coups d'éclat sans coup férir. Manque d'ambitions visuelles et scénaristiques, ni CHICKEN LITTLE ni BIENVENUE CHEZ LES ROBINSON ne laissera de véritables souvenirs à un public qui ne s'y trompera pas. Avoir suivi la mode des films en images de synthèse n'aura pas suffit quand la concurrence enchainait succès public et critique. La donne promettait pourtant d'être changée début 2006, quand Disney racheta la firme de John Lasseter, qui devenait du même coup le directeur de Walt Disney Feature Animation. L'occasion d'y voir l'espoir du renouveau chez cette dernière, dont le premier long-métrage supervisé par Lasseter nous intéresse aujourd'hui. Et si VOLT, STAR MALGRE LUI se montre convenu sur la durée, gageons que les partis-pris inhabituels qu'il orchestre sauront redonner à ses créateurs l'aura légendaire dont le XXème siècle s'était fait témoin.

Le ton est donné dés l'introduction, qui se pare de l'épisode d'une série dont le chien Volt est le héros pour entamer les présentations. Une mise en abyme d'un dynamisme ébouriffant qui crée d'emblée une rupture avec les précédentes productions de la firme. Découpage ambitieux (même si dans un autre registre, George Miller atteignait la perfection dans HAPPY FEET), explosions d'hélicoptères et courses-poursuites interminables, VOLT, STAR MALGRE LUI impose sans mal une virtuosité visuelle immédiate. Qui se permet non seulement d'éblouir le spectateur, mais surtout de mettre en exergue les personnages et les enjeux thématiques du récit à venir. La mise en dérision du star-system et du rapport fiction/réalité en constituera d'ailleurs une belle partie, fait inhabituel pour une firme qui jouait beaucoup sur cette notion de « fausse réalité » comme principal facteur de crédibilité. Ainsi, la présence de l'Homme derrière la torsion de barreaux de fer par Volt ou sa capacité à assommer des gardes d'un coup de patte, servira de facteur émancipatoire pour un animal persuadé que les studios qui le cloisonnent sont un monde où tout est réalité. Parallèle animal du TRUMAN SHOW donc, et inverse d'INDESTRUCTIBLES ou les supers-pouvoirs étaient narrativement utilisés comme tels dans une optique paradoxalement identique. Opportunisme d'un agent vénal, modification de scénario pour trouver un plus large audimat, tout y est stigmatisé. Preuve bien suffisante que VOLT, STAR MALGRE LUI gagne en maturité ce que les derniers long-métrages de Disney perdaient en intérêt.

Suite à son évasion accidentelle de ses studios, Volt devra donc accepter l'inexistence de supers-pouvoirs tout en prenant bien compte qu'il n'est qu'une marionnette destinée à divertir les humains. On retrouve là le principal carcan narratif typique du cinéma d'animation, où le héros quitte, par la force des choses, le monde dans lequel on l'a conditionné pour en découvrir un autre. WALL.E, LE MONDE DE NEMO pour les plus récents, BERNARD ET BIANCA ou LE ROI LION pour le siècle dernier, les exemples sont nombreux et inscrivent VOLT, STAR MALGRE LUI dans une certaine logique de tradition. Récit initiatique bourré de péripéties, d'action bien sentie et d'humour (certains gags sont réellement hilarants), la première réalisation de Byron Howard présente toutefois certaines limites. La traditionnelle chanson permet certes d'accélérer le récit et de limiter certaines ellipses, mais la fin du métrage, plus conventionnelle dans son propos (on se serait dit auparavant que le film ne pouvait se finir que d'une façon... qui est justement celle orchestrée ici) a tendance à trainer en longueur. VOLT, STAR MALGRE LUI étonne cependant de tout son long par son envie de bien faire et de donner du rythme au récit. Les personnages secondaires ont à ce titre gagné une place de choix, car, tout attachants qu'ils peuvent être, évitent le rôle de faire-valoir tout en donnant un sens à leur caractérisation. Que ce soient les pigeons, géniaux, ou ce hamster fan de Volt, persuadé lui aussi de vivre dans une série télévisée. Bref, des films d'animation pareils, on en voudrait chaque semaine !

Vous l'aurez compris, VOLT, STAR MALGRE LUI bénéficie clairement de l'arrivée de John Lasseter en des termes artistiques. Traditionnel dans le fond tout en transcendant chaque aspect du récit malgré ses quelques longueurs, formellement impeccable et moderne, dynamique et attachant, le film de Chris Williams et Byron Howard marque, on l'espère, un renouveau qu'il convient maintenant de confirmer.

# Posté le jeudi 05 février 2009 10:12

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:33