Igor, Histoires Enchantées

Igor, Histoires Enchantées
Sortie : 17 Décembre 2008
Réalisation : Anthony Leondis
Américain
Note : @
Script : Chris McKenna

A Malaria, pays plongé dans la pluie et l'obscurité, les Inventions Maléfiques assurent la prospérité, sous le règne autoritaire du roi Malbert. Les inventeurs de ces Créations Maléfiques sont les Savants Fous, classe dominante du pays. Ils sont aidés de leurs assistants, les Igors, de malheureux bossus dont le destin est d'obéir.
Notre Igor, un Igor pas tout à fait comme les autres, poursuit un rêve : devenir lui-même un grand Savant Fou...



Là aussi, devant l'avalanche de films d'animation insipides et exclusivement destinés à nos chères têtes blondes, il n'était pas permis d'attendre l'envergure d'un WALL.E là où l'on ne nous proposait dans les 5 premières minutes qu'une avalanche de clins d'½il à la mythologie d'un FRANKENSTEIN JUNIOR (entre autres) et au cinéma d'horreur d'antan. Si l'on ne demandait pourtant qu'à être surpris, jamais IGOR n'aura la simple volonté de s'échapper des lieux communs pourtant infiniment réutilisés dans les séries animées enfantines. Les rebondissements convenus se multiplient au gré d'un récit dépourvu du moindre intérêt, tout juste parsemé de quelques répliques donnant prétexte à sourire, et on regrettera que l'utilisation du monde dépeint ne dépasse jamais le stade du minimalisme obligatoire, les péripéties des personnages lui étant constamment privilégiées, ne donnant ainsi au lieu de l'action qu'une dimension tout à fait anecdotique (le film se serait déroulé au moyen-âge ou sur Mars qu'on n'y aurait vu aucune différence). Seulement fort d'un running gag pour le coup très sympathique (une des créations du héros est un lapin immortel mais suicidaire), IGOR rehausse à peine le niveau par une animation dynamique mais jamais au-dessus du plus quelconque des films du genre. Et quand la morale, un peu plus intelligente que la moyenne mais toujours aussi lourdement énoncée fait son apparition, on ne peut que se dire qu'on n'a vraiment pas raté grand-chose.
Vous l'aurez compris, IGOR n'est qu'un film d'animation de plus, une fois de plus sans surprise, une fois de plus sans intérêt et plus fatiguant qu'autre chose. Déjà oublié.



Sortie : 24 Décembre 2008
Réalisation : Adam Shankman
Américain
Note : @
Script : Matt Lopez et Tim Herlihy

Pour aider sa soeur, Skeeter Bronson accepte sans enthousiasme de veiller sur sa nièce et son neveu pour une semaine. Avant qu'ils s'endorment, il leur raconte des histoires, déchaînant leur imagination sans limites. Des confins de l'espace aux plaines de l'Ouest sauvage, de la Grèce antique aux arcanes de l'Europe médiévale, les histoires se succèdent, toutes plus folles les unes que les autres...


Déjà à l'époque d'IL ETAIT UNE FOIS, on ne s'étonnait qu'à peine de l'édulcoration flagrante qu'avait subit un sujet a priori très original. Sans surprise, les années changent mais se ressemblent chez Walt Disney Pictures, qui démultiplie dans HISTOIRES ENCHANTEES un manque d'ambition assez démoralisant. En collaboration avec Matt Lopez dont c'est le premier scénario, Tim Herlihy fait preuve d'un minimalisme sentant bon la censure et/ou le bâclage. Sachant que le bonhomme est tout de même scénariste du jubilatoire LITTLE NICKY, difficile de croire alors à ce nivellement par le bas d'une intrigue à la sauce fantastique qui sera pourtant traitée de manière la plus rationnelle possible. Il est ainsi compliqué de faire mieux comme entrave à l'imaginaire, que d'insister sur le fait que ces chewing-gum ne tombent pas du ciel par magie mais parce qu'un camion s'est fait rentré dedans, ou de jouer avec les mots pour achever un final d'une niaiserie terrifiante pour résoudre tous les arcs scénaristiques en un seul festival de joie et de bonne humeur.
Bonne humeur qui ne fonctionnera chez le spectateur que par intermittence, le temps d'un running-gag globuleux ou d'apparitions féminines bienvenues. Et soudain apparaîtront les « oui mais en même temps c'est du Disney, tu t'attendais à quoi lol ? », argument parmi l'éternel qui permettra à n'importe qui d'excuser le manque d'intérêt, de surprise ou même d'humour d'HISTOIRES tout sauf ENCHANTEES, dans lesquelles nage pourtant paisiblement le toujours-aussi-génial Adam Sandler, qui fait tout ce qu'il peut pour sauver le récit de l'indigence totale malgré l'inconsistance de ses répliques.

# Posté le mardi 06 janvier 2009 05:32

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:24

Import Export

Import Export
Sortie : 07 Janvier 2009
Réalisation : Ulrich Seidl
Autrichien
Note : 0
Genre : Plus belle la vie
Script : Ulrich Seild et Veronika Franz

Deux trajectoires évoluent dans des directions opposées. Olga, jeune infirmière ukrainienne, part à la recherche du bonheur à l'Ouest où elle devient femme de ménage en Autriche. Paul était agent de sécurité à Vienne. Au chômage, il prend la route avec son beau-père vers l'Est, en direction de l'Ukraine. Deux destins de jeunes gens à la recherche d'une nouvelle chance, qui se voient confrontés à la réalité crue. Deux histoires sur la quête du bonheur et de l'argent, sur le côté effrayant de la sexualité, de la mort et sur l'art de brosser les dents d'un renard empaillé.


En affichant clairement sa note d'intention dés le début de son long-métrage, un auteur prend des risques qui, s'ils ne pourront être réparés a posteriori, peuvent aussi bien lui valoir un lynchage critique par toute une presse qui ne supporte pas qu'on la prenne pour une imbécile. Tout du moins, un auteur qui ne développe jamais ses intentions de départ ou pire, qui ne raconte rien. C'était sans compter sur la malice d'un homme, qui en parfait habitué du système réussi à le tromper. En ouvrant son film sur un homme n'arrivant pas à démarrer sa mobylette et en cadrant un bébé ayant du mal à respirer en guise d'écran-titre, Ulrich Seidl semblait nous dire que son IMPORT EXPORT allait dés lors démontrer que des choses ne fonctionnaient pas bien. Bingo. A la fin du visionnage, notre esprit critique a été tellement maltraité que l'on en conclue qu'en effet, quelque chose n'allait pas. L'occasion pour la dite presse d'y voir une fable puissante et sulfureuse, et par là même de confirmer les dires de l'auteur.

Mais au-delà des capacités visionnaires d'Ulrich Seidl et d'une ironie qu'il va bien falloir oublier, difficile de faire mieux comme analyse que ces séquences d'ouverture d'un film qui en constitue pourtant une parfaite entrave. Il est ainsi bien compliqué de donner une quelconque valeur artistique à ce IMPORT EXPORT, dont l'avalanche de plans fixes et la méconnaissance de la grammaire cinématographique frisent l'embonpoint. Accumulant des cadres tous aussi laids les uns que les autres sans jamais modifier l'échelle de ses plans (ensemble ou demi-ensemble), tout porte à croire que la mise en scène selon le réalisateur consiste à poser sa caméra et la laisser tourner pour soi-disant capter l'authenticité des séquences filmées (avec acteurs non-professionnels bien évidemment). Si l'on notera bien une utilisation de Dolly (pas plus, faudrait quand même pas déconner), et quelques plans caméra à l'épaule, difficile de ne pas être affolé par leur emploi, tant chaque fausse tentative de mise en scène consiste à faire des travellings pour suivre les personnages dans des couloirs, dans un hôpital, dans un parking et pour montrer que les femmes de ménage, ça passe l'aspirateur. Aberration jusqu'au-boutiste sur laquelle une très légère indulgence aurait pu être de mise si et seulement si le film avait eu le culot de raconter quelque chose.

Sans surprise, c'est en bon apôtre d'un cinéma dit « social » mais démago, qu'Ulrich Seidl préfère nous conter l'histoire d'une Ukrainienne qui ira en Autriche pour trouver un emploi (après être passé par un peep-show, bien entendu), en parallèle de celle d'un Autrichien qui ira... en Ukraine. Les flux migratoires, tout ça... Le cinéaste faisait déjà tout pour éviter de nous impliquer, il oublie par là même l'occasion de construire son histoire. Loin d'offrir une quelconque psychologie à ses personnages (pas de conséquences suite à la perte d'un boulot, pas de conséquences sur le fait de laisser son bébé), loin de nuancer les caractérisations grossières de certaine situations (« je t'engage et je te vire comme je l'entends, ça se passe comme ça dans ce pays ») et toujours aussi loin de nous apprendre quelque chose, le réalisateur Autrichien semble vouloir privilégier le témoignage de la misère et du pathétique avec une condescendance qui frise parfois la misanthropie. Une évidence quand l'on voit des séquences (en longs plans fixes) montrant des personnes sur leur lit de mort, le visage ravagé de tics et hallucinant à haute voix ; ou nous faisant voyeurs d'un instant purement pornographique ou un homme humilie une jeune Ukrainienne en obligeant son fils à regarder ; sans que cela ne serve jamais le moindre propos. Bref, des scènes totalement inoffensives qui ne font qu'insister sur le caractère inepte d'un film par ailleurs déjà bien assez didactique et racoleur à notre égard pour qu'on le prenne en pitié.

Vous l'aurez compris, IMPORT EXPORT est l'archétype même du film d'auteur n'ayant strictement rien à dire, à montrer ou à apprendre. Faussement engagé et faussement indigné, un misérabilisme qui fait froid dans le dos.

# Posté le dimanche 11 janvier 2009 06:30

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:26

Che - L'Argentin

Che - L'Argentin
Sortie : 07 Janvier 2009
Réalisation : Steven Soderbergh
Américain
Note : @@@
Genre : Cours de rattrapage
Script : Peter Buchman

En 1955, un jeune Argentin idéaliste, Ernesto Guevara, se lance en politique. En 1954, lorsqu'un complot militaire soutenu par la CIA renverse le gouvernement, démocratiquement élu, de Jacobo Arbenz, Guevara se réfugie au Mexique. Après une première prise de contact au Guatemala, il rejoint un groupuscule révolutionnaire cubain. le 13 juillet 1955, dans un modeste appartement de Mexico, Raul Castro présente Guevara à son frère aîné; Fidel. Une rencontre discrète, qui marque une date clé dans l'histoire de Cuba. Guevara se voit immédiatement confier une opération de guérilla en vue de renverser Batista. Les Cubains affublent le jeune rebelle d'un sobriquet courant en Argentine : "Che". 26 novembre 1956 : Fidel Castro embarque pour Cuba avec 80 rebelles. L'offensive se solde par un massacre : seuls douze hommes en réchappent, dont le Che (médecin du groupe) et Castro. Réfugiés dans la Sierra Maestra, les "barbudos" déclarent la "guerre totale" au régime de Batista. Guevara prouve ses qualités de combattant et se rend indispensable à ses compagnons. La résistante s'intensifie, gange toute l'île. 1er janvier 1959 : les rebelles célèbrent leur victoire à Santa Clara, le dictateur s'enfuit.


Comme venait nous le rappeler le magnifique Split-screen de Jean-François Richet en ouverture de son MESRINE – L'INSTINCT DE MORT, il est bien difficile pour un cinéaste de retranscrire avec exactitude la vie d'une personnalité publique qu'il étudie. A l'instar de ce dernier, les sources d'informations ne peuvent que manquer, et prêtent d'autant plus à confusion que même réelles, celles-ci se contredisent parfois entre elles. Qu'ils soient livres ou simples témoignages, le travail d'un scénariste ne peut se réduire à leur simple retranscription. Difficile dés lors de satisfaire le plus grand nombre et d'ériger en vérité des éléments qui effacent autant de questions qu'ils en apportent. Un fait que l'on ne peut qu'encore moins ignorer lorsque l'homme est toujours, 40 ans après sa mort, soumis à d'éternelles querelles entre historiens. Quête difficile à laquelle s'est pourtant passionné Steven Soderbergh avec la première partie de son dyptique sur Ernesto Guevara, dit le CHE – L'ARGENTIN.

Comme l'a répété le cinéaste à Benicio Del Toro avant que celui-ci n'accepte d'endosser le rôle du Guerillero heroico, il est impossible de faire un film sur un tel homme. Affirmation que l'on ne peut que confirmer suite au visionnage d'un premier opus qui ne peut à l'évidence pas se suffire à lui-même. Car si les profanes en matière du bonhomme seront nombreux à apprécier certains partis-pris de Soderbergh et de son scénariste Peter Buchman, ils risquent d'être autant à être laissés au final sur le carreau. En soi, le fait de se plonger sans détour dans la période révolutionnaire du Che peut permettre l'immersion du spectateur et le conditionner dans ce qu'il s'apprêtera à voir par la suite. Ainsi, hormis un diner introduisant le film et ses principaux protagonistes – dont Fidel Castro – et de rares séquences ou l'Argentin prononce un discours à l'ONU, nous plongeant ainsi plus brutalement dans l'idéologie et les pensées de celui-ci, seule une interview, nous parvenant le plus souvent en voix-off, le replacera dans le contexte historique et l'environnement politique qu'il investissait à l'époque. A partir de là, il devient compliqué pour le spectateur lambda de ne pas perdre le fil au gré de l'épopée du Che, n'omettant pas de rappeler certains évènements de l'Histoire (le débarquement de la baie des cochons, etc...) sans jamais les remettre en perspective quant à leur rapport au révolutionnaire. Sacrifices et ellipses obligatoires qui peuvent malheureusement nuire à la fluidité d'un portrait par ailleurs inégal.

Prenant place en pleine révolution cubaine, où Fidel Castro et son armée de rebelles s'efforcent de parvenir à La Havane, CHE – L'ARGENTIN n'a pour unique prétention que de nous placer en témoin de l'évolution d'une personnalité charismatique. De son rôle premier de docteur à l'exécution de rebelles jugés comme traîtres, Ernesto Guevara ne sera jamais mis sur un piédestal, jugé ou pris de haut par le scénario, témoignant de la volonté première d'un film souhaitant conserver une certaine authenticité. Une neutralité que semble s'être imposé le réalisateur mais qui se montre parfois exaspérante dans sa volonté de ne pas aller plus loin que ce que les documentations en amont du métrage disaient de lui, tant le récit, lisse et finalement assez linéaire, ne questionne jamais l'homme et sa nature, par essence profondément complexe. Des instants de vie intéressants dans l'absolu, mais qui souffrent vraisemblablement d'un traitement visuel qui décrit avant tout son sujet avec un recul paradoxalement bienvenu. Intention louable certes, que de privilégier l'épure à des fins didactiques et de peinture psychologique, mais qui dirige pourtant le portrait du Che vers le convenu et l'indifférence. N'influençant jamais notre perception des choses par l'absence totale d'envolées musicales, il reste qu'un supplément de risque, visuel et scénaristique, n'aurait pas été de trop. L'évolution d' Ernesto Guevara n'est jamais évidente, et ce malgré l'importance donnée à la temporalité d'un récit utilisant une structure narrative qui ne trouvera malgré tout jamais une justification pleinement satisfaisante. Pas même Benicio Del Toro, pourtant très bon, ne parviendra à épaissir son propre personnage.

Vous l'aurez compris, on ressort de cet épisode en ayant l'impression d'avoir raté un grand moment, tout en restant convaincu de ne pas avoir appris grand-chose. On ne peut donc qu'espèrer que CHE – L'ARGENTIN trouvera un supplément d'âme dans GUERILLA, une suite qui permettra, peut-être, d'y voir un peu plus clair.

# Posté le mercredi 14 janvier 2009 12:39

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:27

Slumdog Millionaire

Slumdog Millionaire
Sortie : 14 Janvier 2009
Réalisation : Danny Boyle
Américain, Britannique
Note : @@@@
Genre : Il doit gagner des millions
Script : Simon Beaufoy
Compositeur : A.R. Rahman

Jamal Malik, 18 ans, orphelin vivant dans les taudis de Mumbai, est sur le point de remporter la somme colossale de 20 millions de roupies lors de la version indienne de l'émission Qui veut gagner des millions ? Il n'est plus qu'à une question de la victoire lorsque la police l'arrête sur un soupçon de tricherie.
Sommé de justifier ses bonnes réponses, Jamal explique d'où lui viennent ses connaissances et raconte sa vie dans la rue, ses histoires de famille et même celle de cette fille dont il est tombé amoureux et qu'il a perdue.
Mais comment ce jeune homme est-il parvenu en finale d'une émission de télévision ? La réponse ne fait pas partie du jeu, mais elle est passionnante.



Si beaucoup l'ignorent encore, il est un fait qui se doit d'être rappelé. Le cinéma peut, en dehors de toute discussion et analyse professorale d'un discours social parce que la pauvreté dans le monde c'est pas bien tu vois, provoquer des émotions. Et oui, en tant qu'art de l'image, il peut être utile de savoir que celles-ci peuvent être manipulées à des fins purement viscérales, nous amenant de la sorte à vivre des expériences totalement inédites. Expérience, un mot bien vulgaire en ces temps de disette cinématographique où démagogie et formalisme empêchent toute forme de créativité artistique (autre terme grossier), parce qu'après tout une humaine, ça a aussi le droit de connaître le grand amour avec un vampire. Difficile dés lors de s'adonner à la moindre sensation quand seul importe le plaisir par l'exposé et la démonstration. Idée universelle qui se retrouve décuplée au centuple dans SLUMDOG MILLIONAIRE, dernier film d'un Danny Boyle qui aura beau tout faire pour rendre limpide sa note d'intention, sans que pourtant certains y voient encore facilités et faiblesses de propos. Mais il faut croire que ça aussi, c'était écrit.

Pourtant, difficile de faire plus explicite sans tomber dans le mépris. En ouvrant son film sur la fameuse question située sur l'affiche, en nous montrant au bout de cinq minutes que le personnage est arrivé à la question à 20 millions de roupies et en retraçant sa vie jusqu'à cet instant, SLUMDOG MILLIONAIRE prend le spectateur a parti pour lui expliquer clairement qu'il ne fera rien d'autre que raconter la vie de Jamal Malik, ce jeune indien en passe de devenir millionnaire. Insuffisant, quand beaucoup préfèrent penser que Danny Boyle oublie totalement d'étayer ses propos quant à l'état politique et économique du pays de son personnage.
Petit rappel. Suite à son dernier mot victorieux donné sur la question valant 10 millions de roupies, Jamal Malik est arrêté et torturé brièvement par la police locale avant que celle-ci ne rediffuse l'émission, ordonnant à son prisonnier de justifier ses connaissances. Ce dernier nous racontera donc, ainsi qu'à ses bourreaux, le récit d'une vie qui l'aura mené jusqu'ici. C'est là que narrativement, SLUMDOG MILLIONAIRE empêche tout argument le jugeant sur la vacuité des ses propos. Par le biais de flashbacks, son personnage ne fera que donner des explications quant à l'apprentissage de réponses à des questions pourtant difficiles. En contant donc les faits de vie de ce « chien de quartier » de son seul point de vue (il n'y aura donc jamais de séquences ne le faisant pas apparaître dans le récit), le réalisateur anglais nous place en témoin d'une Inde marquée par la dualité anxiogène d'une économie à sens unique. Paradoxe, où la vie de bidonville du héros s'opposera à celle, touristique et clinquante, d'un pays où humanité et argent restent deux notions incompatibles. Un constat que Jamal se remémorera au fur et à mesure des questions du jeu qui, judicieusement montées en parallèle avec la vie du jeune homme, permettront de développer la dramaturgie d'un récit dont la structure ne fera finalement qu'appuyer son évidente issue, à l'aune d'une réponse donnée à la question posée en début de métrage.

Malgré quelques situations ou répliques caricaturales dans sa première partie, SLUMDOG MILLIONAIRE demeure passionnant à plus d'un titre. A l'image de sa trilogie « Bag of money », conclue par UNE VIE MOINS ORDINAIRE mais revisitée avec MILLIONS, Danny Boyle replace l'humain dans son rapport complexe à l'argent. A l'image du présentateur, cynique à l'égard de son candidat et aux comportements souvent conditionnés par le nerf de la guerre, le cinéaste dépeint deux réalités que l'on retrouve à chaque instant dans le portrait de son jeune indien, marqué par la misère et les séparations et forcé au délit pourtant nécessaire à sa survie. Autoportrait même, dont l'incrédulité du spectateur quant à la connivence forcée entre questions du jeu et réponses apprises au cours celle-ci, trouvera remède dans un final d'une logique totalement évidente.
Par le biais d'une mise en scène diabolique, qui ne manquera pas de choquer les puritains de l'image par ses jeux de perspective, ses grands angles ou son découpage, Boyle donne matière à réflexion dans une Bombay présentée successivement en terrain de jeu, de survie et de mort. Au montage intelligent présenté plus tôt, s'ajoute celui d'une montée imperturbable dans l'émotion, dans une seconde partie qui trouvera son point d'orgue lors de l'ultime question à 20 millions, dont les enjeux et la tension seront agencés avec une telle logique, une telle ambition et une telle maîtrise qu'il sera bien difficile de retenir la moindre larme. Un mécanisme redoutable parfaitement sublimé par un casting exceptionnel en tous points et la bande originale d'un A.R. Rahman en état de grâce. Le final lessivant du LIVE ! de Bill Guttentag y est instantanément oublié.

Vous l'aurez compris, si SLUMDOG MILLIONAIRE frôle le chef-d'½uvre, ce n'est pas tant à cause de ses menu défauts, que grâce au potentiel émotionnel d'un scénario parfaitement mis en scène par un Danny Boyle qui a définitivement tout compris quant au rapport émotionnel qu'entretient le spectateur envers le cinéma. Et après l'ultra-sensoriel SUNSHINE ou l'éreintant 28 JOURS PLUS TARD, c'est bien l'ultime confirmation d'un cinéaste qui touche au sublime.

# Posté le vendredi 16 janvier 2009 06:06

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:28

Yes Man

Yes Man
Sortie : 21 Janvier 2009
Réalisation : Peyton Reed
Avec Jim Carrey, Zooey Deschanel...
Américain
Note : @@
Genre : Yes we can
Script : Nicholas Stoller, Jarrad Paul et Andrew Mogel
Compositeur : Mark Everett et Lyle Workman

Carl Allen est au point mort. No future... jusqu'au jour où il s'inscrit à un programme de développement personnel basé sur une idée toute simple : dire oui à tout ! Carl découvre avec éblouissement le pouvoir magique du "Yes", et voit sa vie professionnelle et amoureuse bouleversée du jour au lendemain : une promotion inattendue, une nouvelle petite amie... Mais il découvrira bientôt que le mieux peut être l'ennemi du bien, et que toutes les occasions ne sont pas bonnes à prendre...


Il n'y a vraiment rien à redire là-dessus, bénis soient les pitchs débiles. Parce qu'au fond, on en a par-dessus la tête des pitchs crétins, ras la casquette des pitchs à la con, et surtout plein la panse des pitchs qui se prennent au sérieux quand tous ont pourtant pour seule intention de nous anéantir les zygomatiques. Alors qu'au final, il suffit qu'un quidam replié sur lui-même se mette à accepter n'importe quelle proposition parce que sa rencontre avec un gourou du Oui l'y aura obligé. On avait certes connu similaire idée lorsque une fille bien VILAINE s'était mis en tête d'emmerder son monde (et nous avec) après avoir acquiescé toute sa vie à n'importe quelle demande, mais ayant déjà tout oublié, il semble normal d'aller voir ailleurs et si possible d'y rester. Bien plus audacieux, plus débridé, plus ambitieux et par conséquent plus drôle que la chose citée plus haut, le YES MAN incarné par un Jim Carrey des grands jours a de quoi en charmer plus d'un.

Au moins, si le métrage nous présente les personnages à grands coups de caractérisation facile et grossière (le personnage principal n'aime pas sortir, répondre au téléphone, voir ses amis, etc...), c'est bien pour passer le plus rapidement possible aux choses sérieuses, à la découverte de ce fameux programme dont la philosophie consiste à apprendre à dire « oui » à tout et surtout n'importe quoi. A l'instar de l'attachante série MY NAME IS EARL (dont le film s'inspire plus que de raison...), où Jason Lee s'obstine à réparer toutes ses erreurs passées pour que sa vie s'en retrouve bonifiée, YES MAN promet au personnage génialement habité par Jim Carrey d'être récompensé quant à sa propension à accepter ce qu'on lui demande. Un fait déclencheur bien régressif donc, et conséquemment sujet aux situations les plus inventives et hilarantes. Si le tout s'avère trop gentillet et souffre d'un amour latent pour la transgression, certaines séquences recourent à un comique de situation du meilleur acabit. Un footing sous RedBull totalement hilarant répondra ainsi à certaines répliques qui testeront notre incrédulité quand Zooey Deschanel nous confirmera que son jeu n'a pas évolué d'un iota depuis un PHENOMENES de triste mémoire. Malgré une narration linéaire et sans surprise mais dynamique et ne souffrant d'aucun temps mort, pourvue des tics les plus désagréables de la comédie ricaine (ceci dit, la romance a le mérite de rester discrète) mais oubliant de nous prendre pour des demeurés, YES MAN cherche autre chose que le simple sourire et le trouve régulièrement, à défaut d'innover dans une subversion qui était a priori exigée.

Vous l'aurez compris, Jim Carrey reprend des couleurs dans une ½uvre qui, à défaut de surprendre, fonctionne à plein régime. Même si comme d'habitude, on attend toujours le goût du risque qui permettra à ce genre de comédies d'atteindre des sommets.

# Posté le mercredi 21 janvier 2009 13:17

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:29