Réalisation : Fred Wolf
Avec Anna Faris, Colin Hanks, Emma Stone
Américain
Note : @@@
Genre : Comédie (sortez les cierges mes amis !!!)
Script : Karen McCullah Lutz et Kirsten Smith
Après avoir passé sa vie au Manoir Playboy, Shelley, une playmate du célèbre magazine de charme, est injustement mise à la porte. Ne sachant où aller, elle atterrit dans une association d'étudiantes menacées d'expulsion si elles ne parviennent pas à attirer de nouveaux membres.
Décidée à les aider, Shelley va utiliser toutes ses ressources de pin-up pour transformer les filles en créatures de rêve et faire de Zeta Alpha Zeta une des associations les plus populaires du campus...
On a beau nous farcir le crâne de leçons de bienséance et de bonne morale puantes à longueur de journées en faisant mine que c'est pour nous rendre service, nombreux sont les possesseurs de balais à plaindre indéfiniment. Incapables de se relâcher un tant soi peu entre deux séances de masturbation auteuristes et d'afféteries intégristes, justifiant chacun de leurs fous rires par des diatribes référentielles ou les dissimulant en vain derrière un cynisme inavoué, beaucoup trop sont ceux qui persistent à dresser le conservatisme en étendard. Pourtant, quoi de mieux que d'assumer son amour de la connerie et de laisser l'humour régressif nous écorcher les zygomatiques en faisant bander notre esprit déviant ? Pourquoi couvrir de métaphores débiles et d'allégories maladives la vulgarité, le sexe et le laisser-aller quand ils se suffisent à eux-mêmes ?!
Des questions existentielles évidemment fallacieuses, tant les personnes non-concernées s'en seront contrebattu les bijoux de famille avec des orties avant-même de s'étouffer au visionnage de ce SUPER BLONDE, comédie à la vacuité totalement assumée et par conséquent, juste jouissive.
On le répète sans se faire entendre, mais les comédies réellement drôles, c'est à peine si on y a droit. Au pire, les produits opportunistes ne ciblent que les ados ou les ménagères, les mêmes recettes sont réutilisées jusqu'à plus soif quand on ne se fout pas juste de son spectateur, ou Uwe Boll se met à la comédie. Au mieux, Judd Appatow nous sert 2 films par an, sitôt descendus en flèche par les apôtres du bon goût ; les anciens membres du Saturday Night Live retrouvent la forme, ou Gregg Araki se met à la comédie. Et bizarrement, son SMILEY FACE, où Anna Faris délivrait une prestation d'anthologie dans un récit réellement subversif (POSTAL, à côté, reste l'amusement d'un réalisateur-enfant qui tire sur tout ce qui bouge, mais seulement pour emmerder le monde et montrer que c'est un vrai rebelle), reste la seule bonne comédie de l'année aux côtés du déjà culte RIEN QUE POUR VOS CHEVEUX, produit et interprété par un Adam Sandler au sommet.
Toutes deux vilipendées par la presse, elles sont aujourd'hui rejointes par SUPER BLONDE, comédie certes sans propos, mais toute aussi hilarante, toute aussi haïe par la presse, aussi produite par Adam Sandler et aussi interprétée par... Anna Faris ! Sachant que la dernière hilarité pré-SMILEY FACE était le SUPERGRAVE produit par Judd Appatow, qu'on ne vienne plus me vanter les mérites du raffinement et du populisme !
Certes moins réussi que ses ainés, qui avaient pour eux le sens de la mise en scène d'Araki, du dialogue d'Appatow ou du politiquement incorrect de Sandler, le premier film de Fred Wolf en tant que réalisateur n'en est pas forcément moins drôle. Contant l'arrivée d'une ex-bunny dans une confrérie d'étudiantes, menacées d'expulsion si elles ne parviennent pas à trouver 30 camarades de chambre dans un temps imparti, le potentiel humoristique de SUPER BLONDE tient principalement sur la performance incroyable d'Anna Faris (qui reste la meilleure actrice comique du 21ème siècle, on le rappelle), LA blonde dans ce qu'elle a de plus caricatural. Abonnée aux rôles de conne finie et d'ingénue parmi l'éternel, quand bien même ce sont des films extrêmement sérieux qui la magnifient (le superbe LOST IN TRANSLATION de Coppola ou le génial mais inconnu MAY de Lucky McKee), notre figure cartoonesque préférée parvient une nouvelle fois à nous provoquer des crampes abdominales par dizaines. Ultra-sexy du début à la fin du film (attention les yeux et la braguette), encore plus débile qu'à l'accoutumée et jouant une nouvelle fois de son regard d'écervelée et de ses mimiques préférées, Anna Faris se repose aussi sur le comique de situation que recherche souvent le réalisateur qui, bien que convenu, fonctionne toujours grâce à l'actrice et à son personnage d'épicurienne sculpturale. Que ce soit par le dialogue (son « truc » pour mémoriser les prénoms), la démarche ou le regard, le rire est constamment provoqué par sa seule présence, et on arrive sans mal à imaginer l'état du film avec une autre actrice. Car s'il est vrai que la plupart des gags fonctionnent sans forcer et convoque une hilarité de chaque instant, l'honnêteté oblige à dénoncer un manque cruel d'idées dans ce scénario certes pourvu d'une connerie salvatrice, mais aspergé de clichés en pagaille jamais utilisés comme tels, jusqu'à un final nauséabond qui ne sert qu'à boucler la seule intrigue du film. Parce qu'on aura beau chercher, mais les faibles propos concernant l'habituelle thématique de l'être et du paraître ne sont évidemment que du vent, comme pour coller maladroitement à la BO à la mode (pas mauvaise pour autant ceci dit, intrinséquement parlant en tout cas) et presque nuire à ce qui semble être la vraie note d'intention de leurs auteurs, à savoir que plus c'est con, plus c'est bon.
Vous l'aurez compris, SUPER BLONDE ne ravira certainement pas les amoureux de la poésie et de réflexions métaphysiques en appartement, et a bien ce mérite d'utiliser la connerie à des fins salvatrices. Si on regrettera la mise en images du réalisateur et son scénario parfois indigeste, il ne sera par contre jamais difficile de s'esclaffer en masses devant l'ahurissante Anna Faris, décidément indispensable à un genre plus que jamais difficile à transgresser.




