Super Blonde

Super Blonde
Sorti le 08 Octobre 2008
Réalisation : Fred Wolf
Avec Anna Faris, Colin Hanks, Emma Stone
Américain
Note : @@@
Genre : Comédie (sortez les cierges mes amis !!!)
Script : Karen McCullah Lutz et Kirsten Smith

Après avoir passé sa vie au Manoir Playboy, Shelley, une playmate du célèbre magazine de charme, est injustement mise à la porte. Ne sachant où aller, elle atterrit dans une association d'étudiantes menacées d'expulsion si elles ne parviennent pas à attirer de nouveaux membres.
Décidée à les aider, Shelley va utiliser toutes ses ressources de pin-up pour transformer les filles en créatures de rêve et faire de Zeta Alpha Zeta une des associations les plus populaires du campus...



On a beau nous farcir le crâne de leçons de bienséance et de bonne morale puantes à longueur de journées en faisant mine que c'est pour nous rendre service, nombreux sont les possesseurs de balais à plaindre indéfiniment. Incapables de se relâcher un tant soi peu entre deux séances de masturbation auteuristes et d'afféteries intégristes, justifiant chacun de leurs fous rires par des diatribes référentielles ou les dissimulant en vain derrière un cynisme inavoué, beaucoup trop sont ceux qui persistent à dresser le conservatisme en étendard. Pourtant, quoi de mieux que d'assumer son amour de la connerie et de laisser l'humour régressif nous écorcher les zygomatiques en faisant bander notre esprit déviant ? Pourquoi couvrir de métaphores débiles et d'allégories maladives la vulgarité, le sexe et le laisser-aller quand ils se suffisent à eux-mêmes ?!
Des questions existentielles évidemment fallacieuses, tant les personnes non-concernées s'en seront contrebattu les bijoux de famille avec des orties avant-même de s'étouffer au visionnage de ce SUPER BLONDE, comédie à la vacuité totalement assumée et par conséquent, juste jouissive.

On le répète sans se faire entendre, mais les comédies réellement drôles, c'est à peine si on y a droit. Au pire, les produits opportunistes ne ciblent que les ados ou les ménagères, les mêmes recettes sont réutilisées jusqu'à plus soif quand on ne se fout pas juste de son spectateur, ou Uwe Boll se met à la comédie. Au mieux, Judd Appatow nous sert 2 films par an, sitôt descendus en flèche par les apôtres du bon goût ; les anciens membres du Saturday Night Live retrouvent la forme, ou Gregg Araki se met à la comédie. Et bizarrement, son SMILEY FACE, où Anna Faris délivrait une prestation d'anthologie dans un récit réellement subversif (POSTAL, à côté, reste l'amusement d'un réalisateur-enfant qui tire sur tout ce qui bouge, mais seulement pour emmerder le monde et montrer que c'est un vrai rebelle), reste la seule bonne comédie de l'année aux côtés du déjà culte RIEN QUE POUR VOS CHEVEUX, produit et interprété par un Adam Sandler au sommet.
Toutes deux vilipendées par la presse, elles sont aujourd'hui rejointes par SUPER BLONDE, comédie certes sans propos, mais toute aussi hilarante, toute aussi haïe par la presse, aussi produite par Adam Sandler et aussi interprétée par... Anna Faris ! Sachant que la dernière hilarité pré-SMILEY FACE était le SUPERGRAVE produit par Judd Appatow, qu'on ne vienne plus me vanter les mérites du raffinement et du populisme !

Certes moins réussi que ses ainés, qui avaient pour eux le sens de la mise en scène d'Araki, du dialogue d'Appatow ou du politiquement incorrect de Sandler, le premier film de Fred Wolf en tant que réalisateur n'en est pas forcément moins drôle. Contant l'arrivée d'une ex-bunny dans une confrérie d'étudiantes, menacées d'expulsion si elles ne parviennent pas à trouver 30 camarades de chambre dans un temps imparti, le potentiel humoristique de SUPER BLONDE tient principalement sur la performance incroyable d'Anna Faris (qui reste la meilleure actrice comique du 21ème siècle, on le rappelle), LA blonde dans ce qu'elle a de plus caricatural. Abonnée aux rôles de conne finie et d'ingénue parmi l'éternel, quand bien même ce sont des films extrêmement sérieux qui la magnifient (le superbe LOST IN TRANSLATION de Coppola ou le génial mais inconnu MAY de Lucky McKee), notre figure cartoonesque préférée parvient une nouvelle fois à nous provoquer des crampes abdominales par dizaines. Ultra-sexy du début à la fin du film (attention les yeux et la braguette), encore plus débile qu'à l'accoutumée et jouant une nouvelle fois de son regard d'écervelée et de ses mimiques préférées, Anna Faris se repose aussi sur le comique de situation que recherche souvent le réalisateur qui, bien que convenu, fonctionne toujours grâce à l'actrice et à son personnage d'épicurienne sculpturale. Que ce soit par le dialogue (son « truc » pour mémoriser les prénoms), la démarche ou le regard, le rire est constamment provoqué par sa seule présence, et on arrive sans mal à imaginer l'état du film avec une autre actrice. Car s'il est vrai que la plupart des gags fonctionnent sans forcer et convoque une hilarité de chaque instant, l'honnêteté oblige à dénoncer un manque cruel d'idées dans ce scénario certes pourvu d'une connerie salvatrice, mais aspergé de clichés en pagaille jamais utilisés comme tels, jusqu'à un final nauséabond qui ne sert qu'à boucler la seule intrigue du film. Parce qu'on aura beau chercher, mais les faibles propos concernant l'habituelle thématique de l'être et du paraître ne sont évidemment que du vent, comme pour coller maladroitement à la BO à la mode (pas mauvaise pour autant ceci dit, intrinséquement parlant en tout cas) et presque nuire à ce qui semble être la vraie note d'intention de leurs auteurs, à savoir que plus c'est con, plus c'est bon.

Vous l'aurez compris, SUPER BLONDE ne ravira certainement pas les amoureux de la poésie et de réflexions métaphysiques en appartement, et a bien ce mérite d'utiliser la connerie à des fins salvatrices. Si on regrettera la mise en images du réalisateur et son scénario parfois indigeste, il ne sera par contre jamais difficile de s'esclaffer en masses devant l'ahurissante Anna Faris, décidément indispensable à un genre plus que jamais difficile à transgresser.

# Posté le vendredi 10 octobre 2008 10:03

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:15

The Breakfast Club

The Breakfast Club
Sortie : 1985
Réalisation : John Hugues
Avec Molly Ringwald, Judd Nelson, Anthony Michael-Hall...
Américain
Note : @@@@@
Genre : Pump Up The Volume
Script : John Hugues

Cinq lycéens aux caractères totalement opposés se retrouvent en colle un samedi après-midi. Au fur et à mesure que la journée passe, ils discutent, se déchirent et finissent par se trouver plus de points communs qu'ils ne pensaient.


On ne peut se lasser de le répéter. Si la sincérité d'un cinéaste n'induit pas forcément la réussite de son œuvre en des termes qualitatifs, l'accomplissement artistique ou émotionnel d'un film traduit toujours l'opiniâtreté et l'amour qui émanent de son auteur. C'est particulièrement vrai dans le registre ancestral du teen-movie. Et oui, tout le monde a eu beau être adolescent, ils sont bien peu à avoir su retranscrire la sensibilité à fleur de peau et les désirs d'un âge qui a surtout tendance à être pris de haut par des producteurs persuadés que sexe, alcool et franc-parler peuvent se suffire à eux-mêmes. Aujourd'hui mal compris par ses détracteurs (SEXY BOYS ou PROM NIGHT ne sont que des produits honteux, à des millénaires de l'humour et de la fidélité d'un SUPERGRAVE) ou référencé par ses réels admirateurs, grâce à l'utilisation de codes ou de thématiques qui lui sont propres (CLERKS ou LES GLANDEURS, de l'infiniment génial Kevin Smith, on ne le dira jamais assez), le film pour ados avait autrefois un maître, un auteur humble et passionné qui avait su capter avec une humilité confondante l'essence même des personnalités adolescentes. Vouant une grande partie de sa filmographie à toute une génération, c'est dés son second film que John Hugues connaîtra la consécration. Sitôt lancée par le succès du sympathique SIXTEEN CANDLES, sa carrière ne se résumera désormais (ou presque) qu'à l'immense THE BREAKFAST CLUB, chef-d'œuvre total et déclaration d'amour mélancolique à tout un pan de la vie que beaucoup persistent malheureusement à renier.

Ecris en seulement deux jours par John Hugues, on reste aujourd'hui étonné de la richesse et de la modernité thématique du métrage, plus que jamais d'actualité dans un monde où le formatage idéologique commence avant même la vingtaine écoulée. En se déroulant sur une seule journée, durant laquelle 5 étudiants qui ne se connaissent pas se retrouvent coincés en retenue, THE BREAKFAST CLUB limitait considérablement l'intérêt que l'on pouvait a priori porter à cette histoire en apparence simpliste. Evolution psychologique et attachement aux personnages restreints, mise en scène bridée par son unité de lieu qui ne pourrait jamais transcender son pauvre sujet, c'est certainement ce qu'un Kevin Williamson aurait régurgité après sa sieste. Mais aux antipodes de cette vision cyberpunk du cinéma, John Hugues ne livre ni plus ni moins que le meilleur film jamais réalisé sur le malaise adolescent.

En se servant d'une citation de David Bowie en guise de prologue, le cinéaste impose d'emblée sa note d'intention : « Et ces enfants sur lesquels vous crachez pendant qu'ils essaient de changer leur monde, sont immunisés à vos conseils, ils sont assez conscients de ce qu'ils vivent. » Tiré de sa chanson Changes, cet extrait vient contredire l'envie même de nos médias actuels de soumettre les plus jeunes à un système de pensée unique, révisionniste et réactionnaire. Aussi ne verra-t-on jamais ici des adolescents parler comme un journal, ni se soumettre bêtement à la punition qui leur a été infligée, mais bien tenter de remettre en cause leurs propres croyances, bêtement érigées en préjugés par la pression sociale (superbe séquence d'introspection lors des 25 dernières minutes) ; et défier l'autorité avec un désir de transgression qui fait sérieusement plaisir à voir. Déjà en 1985, John Hugues reconnaissait dans les jeunes un désir d'accomplissement de soi et de rébellion, qui ne pouvaient exister sans un conflit de génération que l'auteur incite clairement à créer. Comme le fera le personnage du « sportif », qui ne pouvait prendre des décisions de façon autonome, Hugues intime l'adolescent à se créer une personnalité en s'émancipant des diktats parentaux qui ne voient en nous que l'image qu'ils veulent en faire. Adhérer à un moule préétabli n'est donc pas la politique du bonhomme, et c'est bien cette empathie totale envers ce désir de reconnaissance du Soi qui fait du BREAKFAST CLUB une œuvre à part. Explicitant ses propos lors de scènes de comédie pure, où l'hilarité provoquée par les répliques souligne des problèmes d'identité, les personnages se disputant sans cesse entre ce qu'ils sont, ce qu'ils veulent être et la vision que leurs proches ont d'eux (entre autres, une des héroïnes parlant de sa virginité, un des personnages rappelant que la pression de son entourage fait que sa personnalité lui est dépendante) John Hugues effectue une étude de caractères passionnante, drôle, sincère et émotive sur l'éternel thème du passage à l'âge adulte.
Bien loin des stéréotypes dessinés par leur principal, « the prom queen, the brain, the basketcase, the athlet et the criminal », chaque personnalité se dévoilera au fil du récit pour finalement dresser la thématique principale du film, à savoir la connaissance de sa vraie personnalité. Fidèle à la réalité qu'il dépeint, THE BREAKFAST CLUB crée une nostalgie salvatrice grâce à son identification immédiate à chacun des personnages présents, l'impeccable casting leur rendant justice à travers de vraies performances d'acteurs, mention spéciale à un Judd Nelson aussi parfait que charismatique. En plus de ça, le film n'oublie pas qu'il est aussi un comédie, et nous délectera 90 minutes durant de ce huis-clos où fumette, danse et moqueries ont tout autant leur place que les propos du cinéaste.

Vous l'aurez compris, c'est sans surprise que l'on se surprend à prendre un immense plaisir à suivre la rébellion de nos 5 délinquants, à s'émouvoir devant leur introspection et à vouloir danser en leur compagnie sur le son des Simple Minds. Sensibilité, humilité et intégrité font de John Hugues et de son BREAKFAST CLUB des figures incontournables du teen-movie.

# Posté le vendredi 17 octobre 2008 13:53

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:16

High School Musical 3

High School Musical 3
Sortie : 22 Octobre 2008
Réalisation : Kenny Ortega
Avec Zac Efron, Vanessa Hudgens, Ashley Tisdale
Américain
Note : @
Genre : High School Musical 2
Script : Peter Barsocchini

Troy et Gabriella, qui sont en dernière année, affrontent la perspective d'être séparés l'un de l'autre, puisqu'ils iront faire leurs études dans des universités différentes. Avec l'aide du reste des Wildcats, ils vont mettre en scène une comédie musicale élaborée reflétant leurs expériences, leurs espoirs et leurs craintes vis-à-vis de leur avenir. Riche d'une nouvelle musique extraordinaire et de numéros de danse inédits et exceptionnels conçus pour tirer parti au maximum du grand écran, ce film bouillonnant de jeunesse et d'énergie offrira le meilleur des jeunes artistes de East High...


Comme quoi, le bonheur ne tient pas à grand-chose. Et oui, à force de questionnement identitaire mal perçu par des moutons manipulés par leur matrice, à se rebeller contre un système valorisant l'assassinat médiatique en cas de pensée déviante et à oser émettre une opinion avec arguments en lieu et place de préciser qu'après tout, c'est chacun ses goûts ; on en viendrait presque à oublier qu'être heureux, c'est simple comme pousser la chansonnette. Il suffirait pourtant de tous se mettre à faire des moulinets dans le vide en faisant des vocalises pour que nos problèmes les plus existentiels soient purgés en moins de temps qu'il n'en faut à Hollywood pour produire des remakes débiles. Et si vous restez dubitatifs malgré les réflexions sitcomiennes de mamie Streep dans MAMMA MIA, que vous n'êtes pas convaincu par la conception de la vie selon SWEENEY TODD et qu'après tout HAPPY FEET, c'est juste un manchot qui fait des claquettes ; pressez-vous sans tarder sur HIGH SCHOOL MUSICAL 3, premier épisode cinématographique d'une saga télévisuelle consacrée par un public qui lui, a vraiment compris ce qu'était la vie, la vraie.

Cibler la jeunesse. Au fond, quoi de plus important pour s'assurer un succès. Glorifier leurs pires valeurs, les caresser dans le sens du poil, leur servir la soupe à travers chorégraphies festives et pop édulcorée à l'extrême. Mettre des fleurs dans les cheveux du personnage féminin principal, lui faire porter un collier-papillon, laisser un mot sur le bureau de son amoureux quand bien même il est à côté, se cacher des parents pour lui faire un câlin. Chanter à la gloire de la célébrité, appuyer la valeur d'un bal de promo nécessaire à son émancipation ou mettre l'amitié sur un piédestal inébranlable...
La presse le répète inlassablement : HIGH SCHOOL MUSICAL 3 plaira aux ados, les ados adoreront, déconseillé aux adultes, blablabla. On ne reniera certes pas la faculté du réalisateur à insuffler du rythme dans ce capharnaüm de guimauve et de bons sentiments, qui en dépit d'une mise en scène télévisuelle et sans envergure, parvient à éviter l'ennui à défaut de captiver. Pour autant, doit-on s'en contenter et justifier la qualité d'une œuvre par son seul public ciblé ? Difficile de privilégier l'affirmative quand on a affaire à une comédie musicale, ou les images sont censées mettre en valeur un score conçu pour faire partie intégrante d'un scénario. A l'inverse d'un SEXY DANCE 2, où l'on pouvait et se devait de passer outre la médiocrité ahurissante du script pour apprécier le film ; créer des enjeux, agencer des émotions et passionner le spectateur est un impératif inhérent au genre de la comédie musicale, sans qui celle-ci ne serait plus du cinéma, mais une simple bande originale vidée de sa substance. Bien loin s'en faut, HIGH SCHOOL MUSICAL 3 ne raconte rien, si ce n'est les difficiles crises adolescentes selon Disney, à savoir le cruel choix de la veste à porter pour le bal ou aménager son planning afin de pouvoir laver sa voiture plutôt que de répéter ses numéros musicaux pour la fin de l'année. Aucune difficulté, pas d'engueulades ou d'interactions entre les personnages, pas d'alcool, pas de grossièretés et même... pas de bisous.
Vous l'aurez compris, jusqu'à un final interminable qui fera office de best-of des morceaux déjà entendus pendant 2 heures, HIGH SCHOOL MUSICAL 3 demeurera désespérément lisse, propre sur lui et sincèrement démoralisant. Un déni de la réalité pas mauvais pour autant. Mais totalement inutile.

# Posté le vendredi 24 octobre 2008 13:46

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:17

Saw V

Saw V
Sortie : 05 Novembre 2008
Réalisation : David Hackl
Avec Tobin Bell, Costas Mandylor, Scott Patterson
Américain
Note : 0
Genre : Vous pensiez vraiment que c'était/c'est/ce sera fini ?
Script : Peu importe

Dans ce nouveau volet de la saga Saw, il semble que Hoffman soit le seul héritier du pouvoir du Tueur au puzzle. Mais lorsque son secret risque d'être découvert, il n'a pas le droit à l'erreur et doit éliminer chaque menace. Les pièges vont se multiplier pour se refermer, inexorablement, en déclenchant autant de frissons que de cas de conscience...


Bonjour à tous et bienvenue. Je suis sûr que vous vous questionnez encore quant à l'avenir de la saga. Je peux cependant vous affirmer que la qualité importe peu, ce sont les globules rouges qui sont importants. Nous allons jouer à un jeu, un jeu dans lequel vous excellez en tant que spectateurs.
Depuis plus de 3 ans maintenant vous vous amusez à jouir d'un racolage massif qui dérange votre esprit coincé dans une vision hyper-réelle de la vie, sans avouer votre état de victime dépendante du conformisme dans lequel vous êtes noyés. Depuis 3 épisodes à unique vocation lucrative, vous niez prendre en compte le mépris auquel vous êtes confrontés en persistant à nourrir mon œuvre de tripailles gratuites livrées en offrande avec pour seule volonté l'accomplissement de votre petit plaisir sadique et gratuit. En faisant partie des 2 millions de personnes venues profiter de la décadence de mes actes, en prenant plaisir à me laisser vous prendre pour des cons et en n'hésitant pas à vous procurer la preuve de mon immortalité, vous ne faites qu'alimenter et décupler mon envie de cynisme, de sang et d'argent.
Aussi je me permets de vous offrir votre rédemption. Revenir une cinquième fois va vous permettre d'obtenir ce que tout amoureux du vrai cinéma s'est déjà offert : ma peau. L'attirail que vous avez en face de vous est un écran, un écran mortel. Sitôt ce message terminé, celui-ci diffusera 80 minutes de vide intégral, de démembrages en tout genre et de foutage de gueule condescendant, laps de temps durant lequel vous devrez tenter de comprendre l'agissement qui vous aura fait subir cette torture. En comprenant l'origine et le fonctionnement de ce choix, vous vous offrez dés lors la libération que vous espérez. Attention, si les 80 minutes s'écoulent avant que votre cerveau n'ait eu le temps d'interpréter les bobines projetées, votre intégrité s'éteindra instantanément. Combien de temps insisterez-vous à me soutenir avant d'être libérés ? Accepterez-vous enfin de profiter de la vie ou daignerez-vous éternellement vous nourrir de pilules bleues ? Vivre ou mourir, à vous de choisir...

# Posté le samedi 08 novembre 2008 15:30

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:18

Frangins Malgré Eux

Frangins Malgré Eux
Sortie : 19 Novembre 2008
Réalisation : Adam McKay
Avec Will Ferell, John C. Reilly
Américain
Note : @@@
Genre : Anti-thèse
Script : Will Ferell, Adam McKay

A 39 ans, Brennan Huff n'a toujours pas de job sérieux et vit chez sa mère, Nancy. De son côté, Dale Doback est un éternel chômeur de 40 ans qui vit encore avec son père, Robert. Lorsque Robert et Nancy se marient et emménagent sous le même toit, Brennan et Dale deviennent frères malgré eux et se retrouvent à vivre ensemble. Quand leurs querelles infantiles et leur incorrigible paresse menacent de faire exploser leur toute nouvelle famille, ces deux quarantenaires immatures imaginent un plan insensé pour réconcilier leurs parents. Mais pour y parvenir, ils vont devoir faire équipe, et peut-être même quitter la maison...


Délicat travail que celui de critique, qu'offrir son travail de réflexion en pâture à des lecteurs prêts à tout pour remplir leur étagère Godwin en cas de désaccord. Développer, expliquer et assumer chaque détail de son argumentaire peut très vite devenir ingérable quand l'entourage du rédacteur s'obstine à défendre et respecter pointilleusement une idée préconçue du support qu'il analyse. Aussi, difficile de ne pas se soumettre à une hypocrisie mal dissimulée quand faire partie d'une minorité ne peut être acceptable et acceptée. Comment en effet oser émettre un jugement quand les porteurs du sceau de la pensée unique vous tombent dessus à la moindre hypothèse contradictoire chuchotée ? Question aussi archaïque qu'erronée quand une majorité de journalistes ne se la pose même pas. Avoir une ambition narrative et visuelle quand on est français c'est bien, mais finalement c'est faire comme les américains ; aimer l'humour régressif d'un Sandler ou d'un Appatow c'est génial, mais ça vole vraiment pas haut. Et oui, une simple digression hors de propos permet souvent au critique de se cacher derrière sa volonté de conformisme inavouée tout en dévoilant aux moins naïfs une absence totale d'intégrité professionnelle. Que resterait-il alors de FRANGINS MALGRE EUX, dernière comédie en date de l'acteur comique le plus ignoré par nos distributeurs, si ce principe de base nous était inconnu ? Comédie conservatrice tant affligeante qu'amusante pour Le Monde, FRANGINS MALGRE EUX se déleste des scènes inutiles et file la métaphore pour Chronic'Art. Pour L'Express, le duo formé par Ferell et Reilly est con, et c'est bon. En seulement trois lectures, on peut donc être persuadé d'assister à une comédie (con)servatrice, affligeante et métaphorique. Comme quoi l'éloge peut vite être contrebalancé par un dénigrement instantané permettant la justification de son auteur, et par là même la sympathie du lecteur. Alors, attardé et rentré dans le rang le Ferell ?

Cette volonté de tout vouloir hiérarchiser jusqu'à l'humour attire les amalgames. Pas plus attardés que d'autres, les personnages principaux ne sont que deux adultes ayant oublié (volontairement ?) d'avoir une profession et des responsabilités, qui, suite au coup de foudre de leur père et mère respectifs, vont devoir cohabiter. En ne voulant pas grandir, les deux bougres ont conservés le comportement typique d'adolescents (et non pas de débiles) : jalousie, moquerie, mimiques, provocations et bagarres sont leur quotidien. Traités comme tels, ils seront tout aussi privés de télé qu'ils pleureront et se prendront des fessées. Pas métaphorique pour une cahouette, le scénario de Ferell et Mc Kay n'a aucune autre volonté que d'aligner les barres de rire à grand coup de vulgarité gratuite et de séquences improvisées. Que ce soit lors d'entretiens d'embauche, de visites immobilières ou de divorce, tout n'est que prétexte à poser ses couilles sur la batterie du frangin, à insulter tout ce qui bouge et à s'imaginer avec le monde à ses bottes. On pourra certes y voir une apologie de la jeunesse et de son insouciance, quand la structure du récit, trop dénuée de réel fil narratif, nous rappellera par l'intermédiaire des excellents Will Ferell et John C. Reilly que FRANGINS MALGRE EUX n'en a jamais l'ambition. Exploré sous toutes les coutures, la relation semi-fraternelle des deux adultes, avec ou sans leurs parents, reste le principal moteur d'une histoire uniquement créée pour satisfaire les instincts des apôtres d'une régression salutaire qu'une MPAA toujours aussi puritaine (le film est classé R aux Etats-Unis...) persistera à ignorer. Bousculée dans ses valeurs, la fratrie devenue adulte et employée fera passer le spectateur du rire à l'émotion, mêlant même les deux lors d'une géniale séquence musicale en fin de métrage. Et pour ceux qui pensaient que les deux bougres se plaisaient à se comporter comme ce qu'on attendait d'eux, la séquence finale (pendant le générique) viendra leur rappeler que le conservatisme n'est pas une valeur universelle. Et après TALLADEGA NIGHTS et autres ROIS DU PATIN, qui pouvait encore en douter ?

Vous l'aurez compris, il n'y a rien de mieux que de se fighter à coups de batte de baseball dans la tronche en s'insultant sans jamais se prendre au sérieux. Et qui de mieux qu'un Will Ferell en grande forme et que son comparse du jour pour venir le rappeler aux plus frileux ? On attend toujours.

# Posté le samedi 22 novembre 2008 11:21

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:20