WALL.E

WALL.E
Sorti le 30 Juillet 2008
Réalisation : Andrew Stanton
Avec Wall.E, EVE
Américain
Note : @@@@@
Genre : Traumatisme édenique
Script : Andrew Stanton

Faites la connaissance de WALL-E (prononcez "Walli") : WALL-E est le dernier être sur Terre et s'avère être un... petit robot ! 700 ans plus tôt, l'humanité a déserté notre planète laissant à cette incroyable petite machine le soin de nettoyer la Terre. Mais au bout de ces longues années, WALL-E a développé un petit défaut technique : une forte personnalité. Extrêmement curieux, très indiscret, il est surtout un peu trop seul...
Cependant, sa vie s'apprête à être bouleversée avec l'arrivée d'une petite "robote", bien carénée et prénommée EVE. Tombant instantanément et éperdument amoureux d'elle, WALL-E va tout mettre en oeuvre pour la séduire. Et lorsqu'EVE est rappelée dans l'espace pour y terminer sa mission, WALL-E n'hésite pas un seul instant : il se lance à sa poursuite... Hors de question pour lui de laisser passer le seul amour de sa vie... Pour être à ses côtés, il est prêt à aller au bout de l'univers et vivre la plus fantastique des aventures !



S'il est un terme on ne peut plus galvaudé ces dernières années au cinéma, c'est bien celui de chef-d'oeuvre. Employé à outrance par une horde de cinéphiles pantouflards pas pressés de vouloir différencier art et divertissement, ce qualificatif se révèle tout aussi insidieusement maltraité lorsqu'il s'agit de promouvoir un long-métrage. Inexistantes sont donc les années fiscales où l'on ne nous promet pas le couronnement ou la révolution d'un genre via la livraison fallacieuse de l'un d'eux, évidemment incarné par un ersatz aussi anodin qu'inoffensif. Mais dans la réalité, un chef-d'oeuvre, qu'est-ce que ça mange ?
Paquebot insubmersible de l'animation au niveau mondial depuis plus d'une décennie, les studios Pixar n'ont plus rien à prouver. 8 réalisations pour autant de succès et un quasi sans-faute en termes artistiques, le wonderland de John Lasseter a pourtant toujours eu à coeur de se surpasser en suivant une profession de foi dont Hayao Miyazaki s'était fait prophête : se servir des figures de proue d'un imaginaire enfantin afin d'y questionner les adultes et se faire le témoin d'une époque. Plus que jamais avec leur dernier bébé, cette intégrité raisonne comme un accomplissement. Il s'appelle WALL.E, petit robot compacteur de déchets sur une planète Terre devenue décharge.

En faisant appel à une figure quasi-muette comme héros de son récit, le réalisateur Andrew Stanton convoque directement tout un pan du cinéma de la création et ses avatars, créant d'emblée une rupture évidente avec le contexte environnemental de l'oeuvre. Via la personnalité de WALL.E, gaffeur et s'exprimant majoritairement avec son corps, c'est tout l'art de la pantomime qui est ici redessiné. Acteur dont la particularité était de susciter de l'émotion chez le spectateur par le langage corporel uniquement, Buster Keaton en fut le précurseur et incarne un modèle évident du dernier né de Pixar, qui en revient donc à l'essence même du cinéma : questionner et conter une histoire seulement par le pouvoir de l'image et sa composition.
Plans d'ensemble post-apocalyptiques pour insister sur la solitude profonde du petit robot, le spleen est créé en seulement cinq minutes et l'attachement à ce dernier est aussi brutal qu'immédiat. Grâce à toute une palette de sons créés par Ben-R2D2-Burtt et un procédé habile de reflets sur les verres lui servant d'yeux, les nombreux rires provoqués par WALL.E, alliés à ce sentiment puissant de solitude et de désolation, semblent cacher quelque chose d'autrement plus subversif. On avait vécu un désanchantement similaire avec HAPPY FEET, qui se plaisait à dissimuler par le rire le profond désespoir existentiel de l'être humain. Et si cette volonté de radicalité des propos semble ici renaître, c'était sans compter sur le scénariste de MONSTERS,INC, qui ne livre ici ni plus ni moins que l'un des films d'animation les plus désespérés de l'histoire. Attention, émerveillement total... ou presque.

Notre planète est morte. Les humains partis vers d'autres cieux, 700 ans s'écoulent durant lesquels toute une myriade de WALL.E s'efforce de ranger, nettoyer et compacter les restes laissés par leurs concepteurs. Un seul est encore là au moment où l'on atterrit et avant qu'un robot d'une autre race vienne perturber son mode de vie. 7 siècles où personnalité et sentiments seront nés, pour finalement tomber amoureux de EVE, chargée elle de retrouver une quelconque trace de vie végétale. Elément dramaturgique anodin qui servira pourtant de terrau à une violente critique d'une société consumériste qui aura finit par s'auto-détruire et laisser à ses descendants un héritage bien peu glorieux. Sans trop dévoiler l'intrigue, notre couple en devenir finira par retrouver les humains. Bercés dés leur naissance par les images et la publicité, pourris par l'argent et l'assistanat de masse; ces humains là en apparence peu recommandables ne représentent cependant ni plus ni moins que l'image vers laquelle le monde tend à l'heure actuelle.
Devenue obèse, sans personnalité et constamment aidée par l'électronique, cette humanité nage dans la décadence la plus totale, incapable de se nourrir de relations sociales autrement que par hologrammes interposés (quand bien même ils se trouvent cote à cote) et ne sachant même plus se déplacer (tendre le bras et marcher leurs sont impossibles). Humains et robots se sont donc substitués dans un monde ou réel et virtuel sont loin de la dichotomie. Comme le montre la présence du seul véritable humain du film (au sens réel du terme), tous sont devenus images à force de la cultiver. Grimacante ironie, c'est sans le vouloir qu'une de leur création deviendra source de guérison.
Tel un Buster Keaton de la grande époque, les rouages de WALL.E lui permettront dans son aventure de trouver l'amour et de rendre à l'homme ses plus nobles valeurs en engendrant des catastrophes. Car si chacune de ses gaffes provoquera le rire, c'est bien pour mieux nous renvoyer notre propre image en pleine figure, comme cette femme bousculée par le robot qui guerrira de sa cécité après s'être détaché des valeurs mercantiles qui lui cachaient la vue. Comme cet homme, qui, une fois déconnecté, pourra apprendre à vivre et cultiver autre chose que la surconsommation.

L'épuisement des ressources terrestres, le danger de la consommation de masse, le chamboulement d'une mécanique par un vieux petit robot tout crasseux; le message écolo est fort. Sombre et pessimiste, profonde
mais limpide, rarement réflexion n'aura été aussi noble et pertinente. Le cadre contextuel hyper-réaliste cache pourtant une toute autre chose : il faut apprendre à vivre, comme les deux personnages cités plus haut. Libérés de ces trajectoires qu'ils suivaient depuis la naissance, la vie s'offre à eux et peuvent enfin s'émanciper des robots et des diktats idéologiques auxquels ils ont été élevés. WALL.E s'annonce donc tout aussi pessimiste dans son désir de nous rappeler ce que devient la planète que libertaire en ce qui nous concerne. Le dénoncement du conditionnement social (les lignes lumineuses) est ainsi nécessaire et nous rappelle que pour apprendre à vivre, il faut réussir à s'en émanciper, mais avant tout le vouloir. Faire la part des choses, s'échapper des dogmes (les robots ne symbolisent ni plus ni moins que les multinationales, les propagandes publicitaires, le haut pouvoir, l'Etat) et arrêter de survivre, comme le déclarera l'un des humains dans un ultime hommage à 2001, L'ODYSSEE DE L'ESPACE. Ne pas manger gras, ne pas fumer, ne pas boire, ne pas se droguer, et bientôt ? WALL.E est une véritable bouffée d'air frais et s'inscrit dans la même logique humaniste que l'oeuvre de Kevin Smith, dont l'apogée CLERKS 2 nous disait simplement : ne rentrez pas dans le rang. Et vivez.

Un récit aussi anxiogène nous ferait presque oublier ce que WALL.E est avant tout : une histoire d'amour entre deux robots animés par ordinateur. Briser les frontières de l'imaginaire reste la base de toute réflexion discursive dans un domaine aussi concurrentiel que celui de l'animation, et aujourd'hui plus que jamais, parler de maturité artistique est un euphémisme. Dans un souci de contextualisation réaliste évident, Andrew Stanton et son équipe ont annihilés tout ce qui avait été fait précédemment en décuplant à l'infini les parti-pris visuels et narratifs. Pas ou peu de dialogues, d'une densité thématique effroyable, seules les images parlent et en disent infiniment plus long qu'une large majorité de productions cinématographiques actuelles. Inhumains (ou critiques de Telerama) seraient ceux à rester de marbre face à tant de prouesses visuelles. D'une beauté à couper le souffle, la direction artistique ridiculise littérallement la concurrence par son souci du détail, que le jeu de reflets ou la production-design achève de rendre traumatisante. Jamais pleurer n'aura été aussi bon que devant le plus beau faux-film pour enfants de tous les temps.

Vous l'aurez compris, un chef-d'oeuvre se nourrit avant tout d'un seul ingrédient : l'intégrité. Une oeuvre d'art qui tétanise autant qu'elle émeut, amuse autant qu'elle effraie, permet à ses créateurs d'avoir dix ans d'avance en invoquant le cinéma du siècle dernier. En cela, WALL.E est un chef-d'oeuvre. CQFD.

# Posté le jeudi 31 juillet 2008 05:33

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:09

Prom Night

Prom Night
Sorti le 30 Juillet 2008
Réalisation : Nelson Mc Cormick
Avec Brittany Snow, Johnathon Schaech, Jessica Stroup
Américain
Note : 0
Genre : Slasher bon les chaussettes
Script : J.S Cardone

Trois ans après le massacre de sa famille par un dangereux psychopathe, Donna a enfin repris une existence normale et se prépare à vivre la soirée la plus importante de l'année : le bal de promo du lycée. Ce qu'elle ignore, c'est que Richard Fenton, le tueur, s'est échappé de l'asile pour la retrouver...
Le détective Winn se lance à sa poursuite pour éviter le pire, mais Fenton a de l'avance. Alors que la fête bat son plein, le tueur passe à l'attaque...



S'il est une expression on ne peut plus sous-estimée ces dernières années au cinéma, c'est bien celle de grosse bousasse qui pue. Trop rarement employée par une bande de cinéphiles sédentaires pas pressés de différencier mépris et respect, ce qualificatif se révèle tout aussi insidieusement maltraité lorsqu'il s'agit de promouvoir un long-métrage. Inexistants sont donc les exercices fiscaux où l'on nous avertit de l'auto-destruction d'un genre via la promotion éhontée de l'un d'eux, évidemment incarné par une purge aussi cynique qu'insignifiante. Mais dans la réalité, une grosse bousasse qui pue, qu'est-ce que ça mange ?
Epave destructurée du nanar qui sent des pieds, Original Films a tout à démontrer. Malgré un début d'année sympathique avec le mignon TEMOIN AMOUREUX et le vraiment bon ANGLES D'ATTAQUE, la société ne se remet pas de ces succès. Artistiquement à la ramasse depuis ses débuts, les deux films précédemment cités font décidément tâches à côté des chefs-d'oeuvres qu'étaient l'injustement anonyme THE SKULLS 2 et le jubilatoire SEXE INTENTIONS 3. Invoquer le cinéma de leurs origines était donc un passage obligatoire pour revenir nager dans la vase de la médiocrité. Plus que jamais avec leur dernier virus, cette profession de foi sonne comme un accomplissement. Il s'appelle PROM NIGHT, slasher abominable et multiplicateur de déchets sur un cinéma devenu décharge.

Véritable sinécure pour leurs créateurs, que les 45 millions de dollars rapportés au box-office américain n'ont pas fini de faire rire, ce remake d'un petit film anodin du début des 80's a de quoi inquiéter. Non pas que l'on imaginait PROM NIGHT comme le renouveau d'un sous-genre plombé par ses archaïsmes, mais bien parce que jamais Ô grand jamais, un tel retour en arrière fut envisageable. Visiblement handicapé par une paire de cojones plus grosse que son cerveau, le scénariste de cette infamie a voulu faire les choses en grand en sculptant le corps de l'un des pires remakes de tous les temps. Oubliant sans doute que c'est une approche volontairement iconique de son boogeyman qui a fait le succès de John Carpenter avec HALLOWEEN, J.S Cardone tisse ici un script totalement éculé où des dandys mal baisés se font charcutés à la queue leu leu par un quidam mal rasé qui porte une casquette (et dont on apprend l'identité après 2 minutes de film).
Bien aidé par une équipe technique au diapason, dont un réalisateur qui ne peut s'empêcher de faire la sieste pendant les heures de tournage, PROM NIGHT incarne à la perfection tout ce qu'il ne faut pas faire dans un film de genre. Boursouflé par des références mal digérées jusqu'à l'embonpoint, le film de ce clown de Nelson Mc Cormick se veut Hitchcockien là où il n'est que Cravenien, thriller labyrinthique là où il n'est qu'ersatz. Cette parodie de psychopathe, qui se promène un quart d'heure quand il peut étrangler directement, se cache dans le placard quand il peut égorger sans prévenir et dissimule un cadavre dans un grenier quand bien même c'est lui qu'on recherche; ne sert ainsi qu'à nourrir des velléités de mise en scène obsolètes et une narration ultra-linéaire. En accentuant le sound-design à chaque ouverture de porte, l'apprenti-cinéaste ne fait qu'avouer ses faiblesses et son incompréhension totale du genre qu'il investit, là où découpage méticuleux et transgression étaient attendus. Se faire servir la soupe n'a jamais aussi plu aux adolescents qui se contenteront donc sans mal d'une réalisation didactique et de jumpscares pourtant jamais fortuits.

PROM NIGHT aurait donc pu être un énième produit calibré pour spectateurs négligeants si le cynisme nauséabond de ses producteurs n'était pas venu nous renvoyer brutalement à notre place. Dans un final spectaculairement con, le dégoût du spectateur nous éclabousse clairement au museau quand par deux fois, pour 3 en un seul film, une même séquence nous est montrée à l'identique. On n'osait déjà pas croire qu'une batte de baseball ou une lampe de chevet osaient être utilisées pour (tenter de) provoquer un sursaut tout mignon, mais nous resservir le coup de la silhouette qui apparaît dans le miroir tient du génie absolu.
Vous l'aurez compris, une grosse bousasse qui pue se nourrit avant tout d'un seul ingrédient : le mépris. Un emploi de séquences que plus personne n'utilise depuis des années, filmer des passages parodiés il y a 5 ans par SEX ACADEMY, pour un film qui permet à ses créateurs de conserver les 30 ans de retard qu'ils possédaient déjà sur la concurrence. En cela, PROM NIGHT est une grosse bousasse qui pue. CQFD.

# Posté le samedi 02 août 2008 09:28

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:10

Spirits

Spirits
Sorti le 27 Août 2008
Réalisation : Masayuki Ochiai
Avec Joshua Jackson, Rachael Taylor, Megumi Okina
Américain
Note : 0
Genre : L'empire des sans
Script : Luke Dawson

Alors qu'elle vient juste de l'épouser, Jane accompagne Ben à Tokyo où il doit faire des photos de mode pour un magazine. Au cours d'une excursion en voiture au Mont Fuji, les deux jeunes gens renversent une jeune fille apparue soudainement sur la route. Malgré leurs recherches, le corps reste introuvable.
Bien que choqué, le couple tente de reprendre une vie normale, mais Jane ne se sent pas à l'aise dans cette ville étrangère alors que Ben y a ses habitudes. Après sa séance de travail, le jeune homme découvre une forme blanche vaguement humaine sur tous ses clichés. Pour Jane, il ne peut s'agir que du fantôme de la jeune fille de la route, revenu pour accomplir sa vengeance...



La mégalomanie des producteurs américains a ceci de particulier qu'elle prétend trouver sa source dans un désir intègre de patriotisme et d'amour de ses concitoyens. Quand bien même la démagogie qui leur est propre se renifle à chacune de leurs annonces, le culte du burger agit comme une pilule bleue et ne cesse de légitimer un mépris du spectateur que celui-ci ne peut pas percevoir comme tel. Justifier un remake sous l'égide du nationalisme (les américains «n 'iraient pas voir un film asiatique ») apparaît donc comme évident là où l'argent du beurre reste pourtant seul facteur d'orgasme et d'accomplissement pour des hommes en noir qui ne comprendront a priori jamais ce qu'ils entreprennent. Leur amour du Big Mac aidant, on avait atteint le septième ciel grâce à ces joyaux que sont THE GRUDGE 2 et THE EYE, oeuvres humanistes et purement artistiques qui laissaient éclater au grand jour la passion infinie pour ce cinéma de leurs instigateurs. Atteindre une nouvelle fois l'extase cinématographique était donc peu probable, en tout cas jusqu'au visionnage du dénommé SPIRITS, chef-d'oeuvre d'une telle intensité horrifique qu'une éjaculation précoce ne pourrait suffire à en décrire la force. Je sais, l'humour m'étouffe.

Remake insignifiant du succès thaïlandais THE SHUTTER, petit film sans réel intérêt qui ne devait son salut qu'à une sincérité évidente et à quelques éclats de mise en scène, par ailleurs jamais aboutis; SPIRITS n'est que l'énième produit d'une campagne marketing honteuse pour rednecks serviles en manque de fist-fucking. Déjà vomi par la mule et par tout téléchargeur qui se respecte un minimum, le premier film de Masayuki Ochiai a au moins un mérite : celui de ne pas décalquer son modèle. Une qualité qui ne dissimule cependant jamais ses non-intentions et son absence totale de mise en scène, et qui agit en contrepoids pour transcender vers le bas chacune des séquences originales. SPIRITS nous conte donc l'histoire de jeunes mariés fraichement débarqués dans une Tokyo-carte postale et qui, entre quelques photographies devant le mont Fuji ou des bornes arcades, vont malencontreusement renverser sur la route une jeune fille aux cheveux longs, qui va bien évidemment vouloir se venger de cet affront en s'incrustant sur tous les clichés du couple et en leur dévoilant ses charmes post-mortem. Incroyablement long malgré les 80 pauvres minutes de métrage, cette chose patît constamment de son improbable découpage séquentiel, qui met plus d'une demi-heure pour nous dire que les japonais mangent de la crème glacée au poisson, que ce couillon de Joshua Jackson a mal à la nuque et pour nous expliquer comment prendre une photo avec un Polaroïd. Ne sachant pas quoi faire de ses deux acteurs principaux, qui provoquent le rire à chacune de leurs minables apparitions car ne pouvant se retenir d'ouvrir la bouche pour montrer qu'ils se chient leur mèga race, le jeune cinéaste compense par des artifices visuels déjà obsolètes à l'époque de VENDREDI 13 (la silhouette qui passe devant l'écran) et jamais vus ailleurs (le reflet du fantôme dans les vitres). Et comme si l'on était déjà pas assez démoralisés, SPIRITS se permet de piller littérallement des oeuvres telles que RING ou LA LIGNE VERTE, comme pour nous achever avec le symbolisme de hard-discount déjà utilisé pendant une heure.

Ridicule dans tous les domaines, l'équipe technique, on l'espère consciente de son absence d'avenir dans la profession, ne fait pourtant rien pour rehausser sa blague. Aucun jumpscare, pas d'accentuation du sound-design pour tenter un sursaut, quelques rares faux-raccords ou séquences inutiles, que dalle, absolument RIEN n'est mis à la disposition des critiques avides de destructuration de bobines, ces fainiasses allant même jusqu'à faire intervenir une séquence (injusitifiée au demeurant), où un corps déjà réduit à l'état de squelette se fait incinérer. Un tel degré de vide et de renoncement ne peut qu'expliciter l'état d'un système de production qui ne s'amuse même plus de ses propres conneries.
Vous l'aurez compris, SPIRITS se révèle tellement insignifiant à tous les niveaux que le qualifier de purge reviendrait à l'encenser. Consternant.

# Posté le samedi 30 août 2008 16:36

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:11

Coup De Foudre A Rhode Island

Coup De Foudre A Rhode Island
Sorti le 17 Septembre 2008
Réalisation : Peter Hedges
Avec Steve Carell, Juliette Binoche, Dane Cook
Américain
Note : 0
Genre : Rose guimauve
Script : Pierce Gardner, Peter Hedges

Depuis la mort de sa femme, Dan élève seul ses trois filles, persuadé qu'il ne retrouvera jamais l'amour. Jusqu'au jour où le hasard le met sur la route de la ravissante Marie, qu'il croise dans une librairie et dont il tombe instantanément raide dingue.
L'attirance semble réciproque, mais les femmes parfaites sont rarement célibataires, et Dan ne va pas tarder à voir les difficultés s'acharner contre son possible bonheur...



Chanter au coin du feu, c'est super sympa. Tout le monde s'aime, les gens sont contents, ça s'embrasse dans tous les sens et tout ça dans la joie, les airs de guitare et la bonne humeur. Ces instants de chaleur humaine finissent pourtant, à force de répétition, par se confondre avec un chemin de croix aussi long qu'insupportable. Alors, si toi aussi tu trouves ça honteux que ton père refuse que tu conduises sa bagnole, si tu pleures ta mère après avoir perdu le concours de mots-croisés contre les filles, si tu es mort de rire parce que c'est très rigolo de se doucher tout habillé et surtout, que tu n'as jamais vu une seule comédie romantique de ta vie, alors sors tes mouchoirs mon frère, parce que COUP DE FOUDRE A RHODE ISLAND est fait pour toi.

Si le ridicule ne tue pas, on ne peut pas autant en dire du poncif, cette vilaine plaie qui sème l'ennui et l'indignation partout où elle est employée. Car derrière toutes ces agitations et ces quiproquos totalement vains qui animent le script de Peter Hedges, on ne demandait qu'une vague originalité pour digérer une absence pareille de propos. Une exigence devenue luxe au fil des années, et s'il n'était même pas permis d'y songer la moindre seconde, on reste toujours consternés vis-à-vis de ce maelström de bons sentiments érigés en une fausse intrigue, boursouflée comme il ne devrait plus se devoir de retrouvailles et de séparations que la bande originale, guimauve jazzie toute mignonne, achève de rentre antipathique. Ratés mais sincères, ces instants de vie familiale peuvent se laisser suivre grâce à leur casting uniquement tant les thématiques, heureusement survolées, ne proposent aucune alternative à un genre ultra-codifié et aux velléités divertissantes rarissimes.
COUP DE FOUDRE A RHODE ISLAND n'est donc qu'une énième bluette sans réel intérêt, non pas purgescente, mais juste ratée. Car si le cinéaste avoue volontiers avoir désiré se rapprocher d'une certaine réalité sociale, il n'est pas certain qu'au final, on y gagne grand chose.

# Posté le samedi 20 septembre 2008 06:52

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:12

Le Royaume Interdit

Le Royaume Interdit
Sorti le 24 Septembre 2008
Réalisation : Rob Minkoff
Avec Jackie Chan, Jet Li et un yankee
Américain
Note : @
Genre : The neverending story
Script : John Fusco

Fan de kung-fu et de cinéma hong-kongais, Jason Tripitika, 17 ans, rêve souvent du Roi Singe. Il découvre un jour, dans une boutique de Chinatown tenue par le vieux Hop, une longue canne - un "bo" - ornée d'un singe en bronze qui ressemble à celui du personnage de ses rêves. Quelque temps après, une bande de malfaiteurs oblige Jason à s'introduire dans la boutique pour la dévaliser.
Hop est abattu d'une balle, mais il a juste le temps de confier la canne à Jason et de lui faire promettre de la restituer à son propriétaire. Paniqué, le garçon s'enfuit et, serrant la canne contre lui, tombe du toit. Quand il reprend connaissance, il se retrouve plongé dans la Chine ancienne, toujours en possession de la canne. Alors qu'il est attaqué par les guerriers de Jade, Lu Yan, un ivrogne, vient à son secours et réussit en quelques mouvements de kung-fu à le débarrasser des agresseurs.
Reconnaissant le "bo", Lu Yan explique à Jason qu'il doit libérer le Roi Singe et accomplir la prophétie en lui remettant la canne...



Vouloir faire découvrir une culture méconnue à ses spectateurs peut tout avoir de louable. Soucieuse de réemployer des ingrédients méconnus d'une majorité à des fins référentielles, cette volonté a priori sincère semble détruite à la source lorsqu'elle est phagocytée par de tiers arguments. Il est ainsi difficile de ne pas remettre en cause l'intégrité artistique de Rob Minkoff et de son Casey Silver de producteur lorsque le seul intérêt de leur ROYAUME INTERDIT ne semble être uniquement le fait de réunir « Jet Li et Jackie Chan dans le même film lol ». Une ambigüité mercantile qui aura vite fait débander même les plus férus fanatiques de nos deux quinquagénaires, déjà rendus impuissants par la ribambelle de bouses auxquelles leurs idoles ont participé ces dernières années. Car hormis les excellents LE MAITRE D'ARMES pour Li et NEW POLICE STORY pour Chan, légitimer leurs derniers faits d'armes reviendrait à mépriser le cinéma. Rendre hommage n'aura jamais paru aussi vain.

Avec son pitch tout droit tiré de L'HISTOIRE SANS FIN et entre autres relents à la KARATE KID, on ne pouvait espérer, sinon un divertissement calibré pour les plus jeunes, qu'une vague farce, au mieux gorgée de fulgurances martiales permettant au duo-star de se défouler entre deux répliques pompeuses. Bien vu l'aveugle me dira-t-on, quand bien même on en oublierait presque l'avalanche de citations cinéphiles, hommages maladroits au cinéma de la Shaw Brothers que permet ce freluquet américain débarqué dans une Chine caractéristique des wu-xia-pian des 70's. De vagues références au pire jamais justifiées, au mieux faciles, le réalisateur allant même jusqu'à employer le 2,35 :1, ersatz du Shawscope si cher aux légendaires studios, comme pour appuyer sa nostalgique note d'intention. Par ailleurs jamais mis à profit, comme si son emploi lié à une direction artistique similaire aux œuvres citées suffisait à leur rendre un véritable hommage, ce format ne fera que plomber des choix artistiques douteux où l'imprécision du découpage les disputent à une photographie abominable (orchestrée par le chef-op de WU-JI, tout s'explique). Et si on pourra se retenir de fustiger la mise en scène lors de combats agréablement chorégraphiés, car souvent lisible et dynamique, impossible de ne pas se demander où est passée la partie des 70 millions de dollars de budget consacrée aux effets spéciaux, achevant de rendre grotesque l'esthétique parfois criarde du métrage.

Alors dans toute cette mascarade, où trouver un autre véritable plaisir ? Dans ce scénario, inquiétant parangon de produit familial aseptisé, aux clichés permanents, aux personnages inintéressants et aux blaguounettes puériles ? Dans les souvenirs glorieux du cinéma asiatique d'antan, dont les codes sont réemployés jusqu'à l'épuisement ? Ou dans les cabotinages incessants de Jackie Chan et Jet Li, seuls véritables intérêts de ce ROYAUME INTERDIT aux plus de 12 ans. Une dernière solution plutôt plaisante, si on accepte de voir le second pisser sur son compère et devenir son meilleur pote 5 minutes après leur rencontre bastonnée.
Vous l'aurez compris, LE ROYAUME INTERDIT est un produit dénué de toute velléité scénique, et ne vaut que pour quelques combats et la rencontre de ses deux stars. Ce qui ne peut évidemment pas s'avérer suffisant pour un projet se voulant un hommage appuyé à ses vieux mais admirables modèles.

# Posté le samedi 27 septembre 2008 08:08

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:13