Step Up 2

Step Up 2
Sorti le 09 Avril 2008
Réalisation : Jon Chu
Avec Robert Hoffman, Briana Evigan, Will Kemp
Américain
Note : @@@@
Genre : Street orgasm
Chorégraphes : Jamal Sims et Dave Scott

Andie est une fille d'origine modeste, une rebelle qui s'efforce de trouver sa place au sein de la très respectable Maryland School Of The Arts, sans renier pour autant ses racines et son vieux rêve : intégrer la troupe Underground 410 qui rassemble les meilleurs danseurs de rue de Baltimore. Chase est l'étudiant le plus brillant de la MSA - une star en devenir qui aspire à rompre avec les traditions et contraintes de la danse classique. Son but : monter sa propre équipe pour affronter la 410 dans une grande "bataille" de rue. Irrésistiblement attirés l'un vers l'autre, Chase et Andie arriveront-ils à concilier leurs ambitions respectives, leurs rêves et leurs désirs ?


En témoigne un total ignare en matière de danse. Celui qui descend sans vergogne n'importe quel scénariste qui aurait osé se montrer consensuel et méprisant vis-à-vis de ses spectateurs. Le même qui a appris à voir le cinéma comme un art et non comme un divertissement. Un individu qui va pourtant devoir assumer publiquement les propos qui vont suivre et affirmer haut et fort que non, SEXY DANCE 2 n'est pas un mauvais film. Pire que ça, le bougre semble avoir à coeur de s'enfoncer, comme désireux de se faire vilipender par une horde de geeks décérébrés défenseurs d'un cinéma transgressif qu'il affectionne pourtant énormément. Parce que oui, définitivement oui, cette suite s'avère réellement orgasmique.

Clouons l'hypocrisie au pilori. L'indigence scénaristique, ses poncifs et ses personnages stéréotypés font désormais partie intégrante d'une tradition agacante mais connue de tous. Si en soit une telle approche reste pénible, injustifiée et doit être dénoncée; ne serait pas honnête celui qui justifierait la qualité du film sur ce seul critère. Pas forcément injustifiée cependant, la perception du projet comme poule aux oeufs d'or d'un effet de mode pour produit calibré. C'était oublier la sincérité évidente d'une équipe qui cherche avant tout à mettre son sujet en valeur, même si pour cela leurs membres doivent faire comme s'ils n'avaient jamais vu un seul film de leur vie, en gachant leur script et en faisant fi des incohérences. Pourtant, quelle surprise de constater qu'une très grande majorité des scènes n'est prétexte qu'à une déferlante de hip-hop grandiose et captivante. Un dialogue banal, un portable qui sonne, rien de plus pour profiter d'une chorégraphie improbable sur le Timbaland qui leur sert de sonnerie. Bien plus appliqués que dans le très sympathique STEPPIN' sorti l'an dernier, les choix artistiques sont ici étonnants, ne cherchant jamais les effets clippesques et autre esbrouffe visuelle. Montage propre, utilisation étonnante des décors et photographie superbe, rien ne semble être laissé au hasard pour permettre aux spectateurs d'avoir envie de suivre les acteurs dans leurs prouesses. Impressionnantes, les chorégraphies de Jamal Sims et Dave Scott représentent la quintessence du film, il est vrai bien aidées par des danseurs talentueux, mais surtout sublimées par une bande originale du tonerre de dieu dont l'ensemble des morceaux procure un plaisir de chaque instant. On oublie les défauts, le baiser final hors de propos et autres dialogues pompeux pour se prendre à rêver, jusqu'à une extraordinaire battle finale, point d'orgue hallucinant d'un film qui ne recherchait qu'une seule chose : nous en mettre plein la vue. Let's dance.

# Posté le vendredi 11 avril 2008 15:02

Modifié le dimanche 17 mai 2009 05:54

Semi-Pro

Semi-Pro
Sorti le 14 Mai 2008
Réalisation : Kent Alterman
Avec Will Ferell, Woody Harrelson, André Benjamin
Américain
Note : @@
Genre : 3ème mi-temps
Script : Scot Armstrong

Jackie Moon a fait fortune il y a quelques années avec le seul tube qu'il ait jamais écrit. Il a tout investi dans sa vraie passion : le basket. Il est à présent le propriétaire, l'entraîneur et le joueur star des Flint Tropics, une équipe semi-professionnelle. Les Tropics sont un ramassis de bons à rien et de déjantés, depuis Clarence qui en sait plus long sur la fumette que sur le dribble, à Bee Bee qui fait mieux la roue que les paniers... Les fans viennent aux matchs pour reluquer les pom-pom girls, mais ça ne suffit même pas pour récupérer le tableau des scores chez le prêteur sur gages.
Pour se sortir de la panade, Jackie décide d'engager un vrai joueur, Monix, ancienne star de la NBA avant sa blessure au genou. Colérique et alcoolique, Monix a pourtant un vrai talent, et il sait tout du basket.
Jackie et ses coéquipiers se donnent du mal, mais la réalité reste implacable : ils sont nuls ! Ils vont donc faire ce que font tous les désespérés : oublier toutes les règles...



On en était venu à se demander ce qui pouvait susciter chez les distributeurs un tel rejet des films où Will Ferell faisait le guignol. Comique reconnu et adulé dans son pays, l'acteur est ici un parfait anonyme et pâtit régulièrement des sorties techniques inexplicablement répétées pour chacune de ses apparitions. Aussi le plaisir fut-il intense lorsque Ô miracle, SEMI-PRO s'afficha sur plus d'une centaine d'écrans dans nos contrées cyniques et coincées. Ca n'a l'air de rien au premier abord, mais en l'état actuel des choses, éviter de faire la fine bouche est déjà une avancée en soi.

Il faut dire que l'humour du bonhomme est encore loin d'être universel. Rarement basé au dessus de la ceinture mais toujours adepte d'un comique de situation aussi absurde que débile (et par conséquent jouissif), les conneries de Will Ferell ont tout, conjuguées à l'aura comique de leur auteur, pour faire fuir la clientèle arriérée et bien-pensante (ceux qui aboient au blasphême à l'entente du mot « bite » peuvent dores et déjà vendre leur ticket et aller revoir BIENVENUE CHEZ LES CH'TIS). Bref, les éclats de rire se font rarement attendre et finalement, on n'en demande pas plus. Malheureusement, ses nouvelles aventures au temps de la ABA auront eu beau nous conquérir d'avance, le potentiel en amont d'un tel projet se retrouve bien malgré nous entâché de gags sympathiques mais anti-novateurs pour finalement ne révéler qu'un honnête divertissement, bien loin du jubilatoire LES ROIS DU PATIN qui avait anéanti nos zygomatiques il y a quelques mois. Sur fond d'Amérique funky des années 70, Kent Alterman et son scénariste Scot Armstrong livrent un show décalé à souhait dans lequel Will Ferell ne manque pas de se livrer à fond dans l'outrance, ce qui est suffisamment aguicheur en soi pour faire oublier le manque d'audace et de génie de péripéties qui ne brilleront pas par leur originalité. En sus d'un univers sportif sous-exploité, qui au final ne sert que de prétexte au festival de portnawak (là où LES ROIS DU PATIN l'explorait dans ses moindres recoins), certaines bonnes idées auraient peut-être méritées d'aller plus loin dans l'absurde (le concours de lancer-francs, l'ours...) mais demeurent malgré tout assez grotesques pour accompagner la dose de non-sens émaillant les dialogues du métrage. En parfait accord avec les conventions propres à ce sous-genre qu'est la comédie sportive - dépassement de soi et compagnie - SEMI-PRO retranscrit cette atmosphère disco avec brio qui achève notre opinion sur la sympathie du film. Woody Harrelson, décidément à l'aise dans tous les registres (il faisait partie des forces de l'ordre dans BATAILLE A SEATTLE) et André Benjamin, le chanteur d'Outkast, rendent la vie dure à un Will Ferell pourtant habité, mais moins omniprésent que dans ses précédents films.

Vous l'avez compris, si vous avez crachés vos poumons devant RICKY BOBBY et vous êtes étouffés avec ANCHORMAN, la déception sera de mise. Demeure malgré tout un spectacle rétro extrêmement sympathique, parfait chapiteau pour un Will Ferell toujours aussi déjanté.

# Posté le vendredi 16 mai 2008 05:16

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:01

Ploy

Ploy
Sorti le 16 Avril 2008
Réalisation : Pen-ek Ratanaruang
Avec Lalita Panyopas, Pornwut Sarasin, Apinya Sakuljaroensuk
Thaïlandais
Note : 0
Genre : Made in Thaïland
Script : Pen-ek Ratanaruang

Trois inconnus enfermés dans une chambre d'hôtel. Un léger soupçon dégénère en jalousie, quand l'apparition d'une jeune femme provoque des conséquences dévastatrices pour un couple marié.


For relaxing times, make it Santori time... Et oui, Bill Murray a eu beau me prévenir de façon incessante au détour d'un chef-d'oeuvre, ma connerie a des limites qu'elles même ne conaissent pas. Me saouler la gueule au whisky était pourtant une étape qu'il était impératif de franchir afin d'annihiler tout probabilité de survie quant à mon esprit critique, lui-même particulièrement excité durant le visionnage de ce PLOY, énième fable existentielle d'un cinéma qui commence sérieusement à nous pomper l'air. Non pas que disserter sur l'inévitable fuite du temps et sur les conséquences d'un amour disparu doive se révéler inévitablement vain et prétentieux, mais il est souvent utile et même impératif de rappeler à ces initiateurs que ne peut pas s'improviser Wong Kar-Wai qui le désire. Et pour s'extirper des draps ultra-semencés des oeuvres à vocation masturbatoire, intéresser son spectateur en pensant son sujet en des termes iconoclastes se doit d'être la priorité ultime de son auteur. Je sais, le combat est loin, très loin d'être gagné.

On ne peut pourtant pas se montrer d'une totale mauvaise foi envers le métrage. Si l'on épargnera pas Pen-Ek Ratanuarang de s'être montré ouvertement contemplatif dans sa mise en scène, oubliant du même coup de donner un sens à des propos humanistes mais infiniment clicheteux, son récit convainct à peine grâce une caractérisation minimaliste mais paradoxalement limpide de ses protagonistes, via un jeu d'ellipses parvenant à susciter de justesse l'attachement à des personnages par ailleurs profondément caricaturaux. Comment en effet accorder une quelconque crédibilité à cette histoire d'un autre âge, où un couple passe une année entière sans faire l'amour sans que cela ne gène quelqu'un, mais dont la femme va brutalement faire preuve d'une jalousie excessive vis-à-vis d'un jeune fille de 19 ans, invitée par son mari qui l'autorise à rester 4 heures dans leur chambre d'hôtel pour attendre sa mère ? Vous l'aurez compris, nous sommes bien dans ces approches débiles de la perte de la passion, où la femme demande à son mari si il l'aime et où le monsieur lui répond par la fameuse question : « Est-ce que tu as tes règles ? ». Une telle innocence force l'admiration, d'autant plus lorsque le cinéaste s'essaie systématiquement à travailler son ambiance sans jamais y parvenir.

En effet, la volonté de développer la notion même d'humanité est moins détruite à sa source par les trois pauvres lignes de dialogues confiées à chaque acteur que par l'absence totale de mise en scène. Une démarche prétentieuse de la part du réalisateur thaïlandais, qui accumule les plans fixes comme une de ses héroines se fait enfiler par le barman, et dont les seuls travellings consistent à suivre le peuple dans des couloirs. Doublées d'un découpage hasardeux, les quelques séquences érotiques arrivent comme un cheveu sur la soupe, qui, du fait de l'absence totale de point de vue dans la mise en scène, n'apportent rien de plus à une narration linéaire et déjà vide de tout sens. Le personnage de PLOY n'apporte strictement rien, on ne nous raconte rien et par dessus le marché, on nage constamment en terrain connu, ne nous évitant aucun poncif. Comme s'il fallait y mettre plus d'entrain pour nous pousser au revisionnage de 2046, une délicieuse chansonette sera poussée dans une litanie finale pour culs-bénis.

Bref, sur un fond similaire, serait-il indispensable de vous recommander une révision intensive du LOST IN TRANSLATION de Coppola ? Sans doute possible, oui. PLOY se plante lui dans les grandes largeurs de sa réflexion, et peut vivement remercier son casting. Apinya Sakuljaroensuk, je t'aime.

# Posté le vendredi 23 mai 2008 15:09

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:04

Skate Or Die

Skate Or Die
Sorti le 11 Juin 2008
Réalisation : Miguel Courtois et Pascal Guegan
Avec Mickey Mahut, Idriss Diop, Passi...
Français
Note : 0
Genre : Parkinson dans la peau
Script : Chris Nahon

Mickey et Idriss, deux jeunes skateurs sans histoire, se trouvent témoins d'un triple homicide. Repérés par les assassins, ils prennent la fuite, comprenant rapidement qu'il s'agit d'une question de vie ou de mort. Se réfugiant dans un commissariat, ils découvrent que les criminels sont en réalité des inspecteurs véreux, mais c'est trop tard, l'alerte est donnée. Commence alors une course poursuite effrénée dans les rues de Paris. Traqués sans relâche, Mickey et Idriss vont tenter le tout pour le tout afin d'échapper à ces tueurs sans scrupules. Skate or die...


A l'heure où un certain comité de censure parvient à remettre en cause l'avenir du cinéma de genre français en interdisant sans vergogne l'un de ses plus transgressifs représentants de diffusion. A l'heure où subversion et pornographie frôlent la synonymie. A l'heure où les majors exercent le déni de culture.
LE TRANSPORTEUR 3 est en cours de post-prod, Luc Besson rédige des scénarios et la lessive est toujours aussi rentable. Aldous Huxley en serait jaloux. Du coup, on ne s'étonne même plus que les producteurs exercent leur consumérisme ambiant sur le côté obscur du cinéma de genre, celui qui a tendance à mépriser son public à grand coups d'effets raccoleurs et de digressions putassières. Paradoxalement, le seul à même d'attirer les geeks zombifiés et les citernes à sébum hors de leur cours de tektonik. Le prix du ticket s'occupant du reste, c'est aujourd'hui SKATE OR DIE qui s'occupe d'amalgamer mouton et spectateur.

Le scénario m'autorisait aussi à prendre toutes les libertés en terme de mise en scène – Miguel Courtois, réalisateur de SKATE OR DIE. Rappelons pour le coup qu'autoriser n'implique pas une action en conséquence. Et que malheureusement un script qui multiplie les invraisemblances, le vide, les incohérences, les clichés, le vide, l'absence d'enjeu, les personnages-fonction, les répliques pompeuses et le vide, on a souvent tendance aujourd'hui à appeler ça un scénario. A partir de là c'est certain, l'équipe technique peut se laisser aller à toutes folies visuelles et à explorer la grammaire cinématographique dans ce qu'elle a de plus expérimentale. Mais avec des réalisateurs vraisemblablement sous euphorisants et un monteur en pleine cure de caféine, difficile de ne pas tomber dans un gros trip débile comme a pu l'être en son temps COURS LOLA COURS. Mal cadré et mal filmé, SKATE OR DIE multiplie les plans inutilement, charcutés par un découpage tout simplement honteux et une mise en scène caméra à l'épaule rendant illisible la quasi-totalité des séquences proposées. Déjà lassés au bout de 10 minutes par la faiblesse de l'intrigue (qui n'exploite jamais son seul rebodissement) et par un casting hautement amorphe, on pourra au choix s'amuser du caractère involontairement drôle de certaines scènes, ou faire comme les 3 couillons du dernier rang qui secouent la tête en s'extasiant devant l'insupportable BO et les sauts en skate passés au ralenti. Bref, un film d'action chiant et con comme la lune pour mémés grabataires sous anti-dépresseurs.

Vous l'aurez compris, SKATE OR DIE s'impose sans ambage comme l'un des parangons d'un cinéma épileptique mais tout aussi inoffensif. Une belle purge à la vacuité aberrante à tous les niveaux, qui ferait presque passer les productions Besson pour du cinéma d'auteur. On ne peut que s'incliner.

# Posté le jeudi 12 juin 2008 14:12

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:06

Valse Avec Bachir

Valse Avec Bachir
Sorti le 11 Juin 2008
Réalisation : Ari Folman
Avec Ari Folman, Ori Sivan, Ronny Dayag
Français, Allemand, Israélien
Note : @@@@
Genre : La mémoire dans la peau
Script : Ari Folman

Valse avec Bachir est un film autobiographique. Ari Folman, metteur en scène israélien, a rendez-vous en pleine nuit dans un bar avec un ami en proie à des cauchemars récurrents, au cours desquels il se retrouve systématiquement pourchassé par une meute de 26 chiens. 26, exactement le nombre de chiens qu'il a dû tuer au cours de la guerre du Liban, au début des années 80 !
Le lendemain, Ari, pour la première fois, retrouve un souvenir de cette période de sa vie. Une image muette, lancinante : lui-même, jeune soldat, se baigne devant Beyrouth avec deux camarades.
Il éprouve alors un besoin vital de découvrir la vérité à propos de cette fraction d'Histoire et de lui-même et décide, pour y parvenir, d'aller interviewer à travers le monde quelques-uns de ses anciens compagnons d'armes.
Plus Ari s'enfoncera à l'intérieur de sa mémoire, plus les images oubliées referont surface...



Ma petite maman chérie, mon tout petit frère adoré, mon petit papa aimé, je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c'est d'être courageuse. Je le suis et je veux l'être autant que ceux qui sont passés avant moi. [...] Votre Guy qui vous aime.
On pourrait en revenir aux sources même du devoir de mémoire, du rôle de l'Etat dans son application. Celui-ci peut-il se permettre d'instituer son propre pouvoir pédagogique ? L'impact sur les étudiants serait-il plus fort en lisant une lettre dont ils se moquent éperdument, ou plus frontalement en se confrontant au pouvoir des images, au pouvoir de réels souvenirs qui leur laisseraient encore une liberté de penser de plus en plus menacée ? Une réponse évidente effacée par des costards-cravates aux méthodes éternellement anachroniques, qui préfèrent injecter leur morale puante et bien-pensante à la source en lieu et place d'une véritable réflexion pourtant indispensable. Après c'est sûr, on pourra toujours se plaindre de la hiérarchisation de notre culture patrimoniale, dont un certain cinéma d'exploitation ne cesse de patir depuis trop longtemps. Mais bon, il est très facile de financer les débilités de deux zouaves qui utilisent Paris comme terrain de jeu et laisser les os à des créations aux velléités artistiques purement déviantes, qui ne rapporteront pas un cent, ne contribueront pas à réhausser le moral des ménages et encore moins la croissance du PIB national. A quand PERSEPOLIS dans les salles de classe ?

Au pire, si le cinéma était un art de l'image, ça se saurait depuis longtemps. Les prises de risques visuelles et artistiques ont tellement tendance à se vautrer au box-office que leur financement tient désormais de la folie pure. SPEED RACER ou BEOWULF l'ont confirmé dernièrement et raréfient d'autant plus leur présence future qu'elle n'était déjà conditionnée depuis des années. Et quand en plus d'oser l'expérimentation, ces oeuvres ont le culot de peindre un vrai scénario, avec un vrai fond, de vrais personnages et d'approfondir ses traitements, la sortie technique est frôlée. Le film qui nous intéresse aujourd'hui est un cas d'école. Premier long-métrage d'animation documentaire de l'histoire du cinéma, VALSE AVEC BACHIR est l'archétype même du film qui n'a rien pour lui. Contant l'histoire vraie de son réalisateur, lui-même soldat lors du massacre de Sabra et Chatila au Liban en septembre 1982, le film d'Ari Folman s'impose d'emblée comme une oeuvre dense et forte, véritable parcours psychanalytique pour un homme hanté par des hallucinations nocturnes dont il ne parvient pas à déceler le sens. Véritable exutoire, VALSE AVEC BACHIR fait donc office de devoir de mémoire là où celle-ci avait a priori volontairement effacé la tragédie humaine qu'il avait vécu, lui évitant le stress post-traumatique qui hante par ailleurs une trop grande majorité de soldats. Demeure une seule image, énigmatique; trois jeunes hommes sortent de la mer, nus, et se dirigent vers Beyrouth sous une pluie de fusées éclairantes. S'en suivra le trajet d'un homme à la recherche d'un passé connu seulement de quelques amis survivants qui combattaient, peut-être, avec lui lors de la guerre.

Entièrement filmé en prises de vues réelles avant d'être retranscrit par un procédé mélant animations flash, en 2D classique et en 3D, VALSE AVEC BACHIR donne le ton dés le rêve introductif. Le film alternera les témoignages réels et les retranscriptions du passé tel un documentaire et ses stock-shots, sans jamais user d'images réelles qui fausseraient les états d'âme de son auteur. Un parti pris visuel atypique mais pas anodin, qui ne cesse d'appuyer la dimension symbolique du récit au détour de séquences purement oniriques dont la beauté n'aura d'autre fonction que la démonstration par l'allégorie, laissant l'image seule véhiculer du sens et le spectateur l'interpréter. On aurait toujours pu tiquer à l'écoute d'une voix off qui accompagne la quasi-intégralité des séquences, si celles-ci n'explicitaient déjà pas les propos par une mise en scène impeccable, jouant avec les perspectives et la composition des cadres, et offrant souvent une profondeur de champ proprement ahurissante. Une frustration toute relative donc, réveillée par ailleurs par un apparent manque d'inspiration chez le réalisateur. Car s'il n'y a rien à redire sur les choix artistiques indiscutables du cinéaste (dans ses choix d'allégories, de métaphores ou dans la structure narrative), Ari Folman n'hésite pas à dupliquer sa séquence hallucinatoire ou à placer un même morceau musical à divers endroits du récit sans que cela ne le serve réellement. Bref, une mauvaise foi de comptoir qui ne servira qu'à appuyer là où réside la véritable force du métrage, quand bien même on s'en était déjà pris plein la gueule.

En dépit d'un contexte traumatique lié à la guerre, VALSE AVEC BACHIR traite moins du rapport de l'homme à une bataille qui n'est pas la sienne que de l'altération de la réalité et de sa propre culpabilité par une mémoire qui lui fait défaut. Pas question ici de stygmatiser à outrance des faits historiques passés et avérés, mais bien de se questionner soi-même en vue d'une introspection véritablement libératrice, processus de catharsis salvateur pour des êtres en quête d'identité. Chaque témoignage apporte sa pierre à l'édifice, permet à Folman de recouvrir la mémoire, de découvrir la vérité sur la douleur qui l'habite et sur la signification de ses hallucinations. Thématiquement riche, le métrage prend coup sur coup allures de fresque autobiographique, de documentaire politique et de réflexion sur la guerre, de par son approche symbolique mais ultra-réaliste de la guerre du Liban et de ses dommages collatéraux. Car ce sont bien eux qui serviront d'aboutissants à ce travail de mémoire, le massacre de Sabra et Chatila faisant immédiatement suite à l'assassinat de Bashir Gemayel et donnant tout son sens au rêve qui le hantait.
Une profession de foi poignante et émotionnellement puissante qui n'hésite pas à abuser d'analogies historiques (le ghetto de Varsovie, les camps de concentration...) pour préparer le spectateur à un final traumatisant, des images réelles qui témoignent du traumatisme vécu. Un choc visuel inattendu qui n'est finalement rien d'autre que le véritable contenu de la mémoire de l'auteur, souvenirs indélébiles d'une époque qui n'est malheureusement toujours pas révolue.

# Posté le dimanche 29 juin 2008 04:40

Modifié le dimanche 17 mai 2009 06:07