Réalisation : Judd Apatow
Avec Seth Rogen, Adam Sandler, Leslie Mann, Jonah Hill...
Américain
Note : @@@
Scénariste : Judd Apatow
Production : Sony Pictures, Universal Pictures, Relativity Media
Quand FUNNY PEOPLE ose dissimuler des propos dans le seul contexte de ses images sans jamais en disséquer le contenant à son spectateur, le semi-échec qu'il a engendré au box-office américain devient soudain plus explicable. En l'état, le dernier film de Judd Apatow est sans aucun doute le moins accessible de son auteur et risque, même en dehors de ses multiples semi-private jokes et autres références mal intégrées à la culture française, de subir le même sort de par chez nous. Moins drôle que 40 ANS, TOUJOURS PUCEAU, moins émouvant qu'EN CLOQUE, MODE D'EMPLOI, on se plaît néanmoins à constater la supériorité de ce dernier opus, ne serait-ce qu'en comparaison avec 90% d'une production d'un genre obnubilé par le jeu de mots facile et la morale bêtifiante.
L'image donc, celle qui fait qu'une comédie comme FUNNY PEOPLE ne se servira qu'à peine de son élément déclencheur (un comique découvre qu'il est atteint d'une forme de leucémie) pour effleurer avec mélancolie les seules notions de souvenir et de regret en une et unique séquence. Trois petites minutes purement évocatrices qui montrent l'essentiel, sans moralisme ni bienveillance déplacée. Ce sera d'ailleurs l'un des seuls instants où le dit comique, interprété par Adam Sandler, nous informera d'une once d'espoir quant à son éventuelle rédemption. Lui l'égoïste esseulé mais surtout assisté, misanthrope que même la maladie n'empêchera pas de se croire supérieur, et qui permet au cinéaste de dresser un constat pessimiste sur le métier d'acteur et sur ce que celui-ci peut entraîner sur les personnalités. Pour Judd Apatow, l'affront entre l'égocentrisme et l'artiste est un duel que seule l'ouverture envers autrui peut départager. A l'image de ce comédien, fier de jouer dans une série qui ne fait rire que lui, FUNNY PEOPLE se veut satyrique et déclare son amour au monde du stand-up comme il met en exergue le doute, la solitude et la mégalomanie de ses représentants. Aussi le long-métrage est-il sans doute le plus personnel de son auteur et de l'équipe qui y a contribué (Seth Rogen lui-même faisait du stand-up), en dépit de l'émotion toute relative qui s'en dégage.
La maladie ne servant qu'à étayer ses propos, Judd Apatow prolonge en effet peut-être inutilement son œuvre au travers d'une dernière partie sinon longuette, en tout cas plus amusante qu'autre chose. Le nihilisme ambiant a beau avoir été nuancé un peu avant, on peut ne plus trop croire à l'évolution psychologique du personnage principal, ce qui rend du même coup le séjour chez son ex un peu trop prévisible et redondant. On profitera néanmoins de la prestation totalement outrancière d'un Eric Bana en roue libre (amusant, quand Apatow le mettait sur un piédestal dans son précédent film) et d'une conclusion attendue, il faut l'avouer, la durée du film aidant. Dommage aussi que les dialogues, bien qu'ultra-référencés et portés par une farandole de caméos (voir Eminem en pleine parano), semblent répétitifs (pénis, bite, queue, le concept est porté à son paroxysme) ou trop flous pour savoir les interpréter. Ce qui fait de FUNNY PEOPLE le moins bon film de son créateur. Et certainement pas le plus mauvais.




